Pour ce nouveau rendez-vous, continuons la description de notre enregistrement guitare voix et revenons un peu plus minutieusement sur les techniques de prise de son !

Suite de notre volet 1

 

 

Il est clair que l’enregistrement
 d’un vocal + guitare doit être abordé assez différemment de la captation d’une voix seule ou d’une guitare isolée ! Nous l’avons vu, lorsqu’il s’agit d’une prise d’ensemble il faut être particulièrement attentif aux distances sources-capteurs. Bien sûr,
notre tendance naturelle sera de nous rapprocher afin de favoriser
 la source dédiée à chaque transducteur. Outre l’effet qui lui est propre, la proximité induit également des artéfacts et lorsqu’on est très proche, il devient difficile de s’affranchir des bruits de respiration ou de salive alors que l’on obtient une voix qui deviendra un peu plus dure. S’il s’agit d’un passage obligé, autant choisir un capteur qui se prête à l’exercice et qui valorisera ce positionnement. Côté guitare, je place souvent un filtre anti-pop, horizontalement au-dessus de mon couple, afin d’éviter un peu de respiration de l’instrumentiste (si, si, je vous l’ai dit cent fois… je prends presque tout en couple !)

Dans cette situation, il parait clair que le guitariste devra également être plus attentif à ses émissions sonores parasites! Pas question de taper du pied sur un sol dur ! (ça paraît idiot mais… invitez-le à se déchausser et glissez un bout de moquette épaisse à l’endroit en question !) Les sons de frettes ou de glissements sur les cordes en métal (les cordes neuves sont redoutables sur ce plan) vont être soulignés. Certains plug-ins ou logiciels peuvent cependant très facilement gommer l’excédent de ces bruits parasites.

Le nettoyage spectral comme on en trouve dans Samplitude, Sequoia ou encore la suite de restauration d’iZotope, par exemple, il devient facile de visualiser des bruits tels que les glissements de doigts sur des cordes métalliques. Les zones encadrées vont permettre d’atténuer ou supprimer ponctuellement le spectre concerné. Afin que ce traitement soit le plus naturel possible, ces modules proposent des zones de crossfade en entrée comme en sortie. Ces « glissés » génèrent des sons aigus et ponctuels avec leurs harmoniques.

En A, la zone est simplement repérée, en B elle est atténuée raisonnablement (30 à 60 % environ), en C elle est nettoyée à 100 % et provoquera une disparition du spectre concerné…  (pas beau, à éviter !), enfin, en D, je surligne une zone qui devra probablement être traitée. Avec un peu d’habitude, l’aide visuelle est telle que le traitement peut être réalisé à vue et doit simplement être vérifié à l’oreille.

Une fois ces obstacles surmontés, il est vrai que la méthode n’a pas que des défauts. L’affaiblissement de la source concurrente par la distance est assez efficace et vous trouverez moins de guitare dans le micro voix et réciproquement. Reste enfin les caractéristiques de directivité des micros. Si choisir des micros plus directifs risque de durcir un peu le son, cela vous aidera également à séparer les sources auxquelles il vous faudra probablement appliquer un petit espace de « mise en situation » ultérieurement !

Live au Tourtour (Mano Solo)

Ies très nombreuses sources situées devant chacun des musiciens sont bien visibles sur ces clichés… et encore, certains boitiers et micros casques « tour de cou » ne se montrent pas encore. Il faut dire qu’il fallait satisfaire aux exigences de la sono, des retours de scène et de l’enregistrement… Fort heureusement, aucun réalisateur n’est venu nous imposer la discrétion à l’image ! ça tombe bien, il serait devenu fou avec ces forêts de micros !

Voici un bel exemple de ce qu’imposait cette captation multiple. Le couple de KM184 disposé devant la guitare de Jean-Louis ne pouvait être renvoyé aux retours sous peine de générer les larsens intempestifs. Par ailleurs, durant les applaudissements et les réactions du public, il devenait trop ambiant.  Un micro canon, très directif a donc été utilisé pour pallier ces différents problèmes. Le passage d’un son à l’autre fût assez acrobatique !!

L’usage du click à des fins de synchronisation ultérieure avec d’autres arrangements est souvent requis. Certains musiciens ont besoin d’un niveau de métronome important dans leur casque.
Attention, il est presque impossible de se débarrasser d’un son de ce type qui a été repris par les micros. Il devient primordial de tester le dosage minimal de cet envoi dans le casque, d’en vérifier le timbre (il est quelquefois préférable de choisir un son plus doux ou de le filtrer plutôt que de prendre les sons retenus « par défaut » sur les logiciels. Ils sont précisément conçus pour être entendus à travers les arrangements ! Il est impératif de choàisir un modèle de casque fermé et de débrancher ceux qui resteraient inutilisés dans la pièce, s’il y en a ! Une petite astuce : Il m’arrive même d’automatiser mon niveau d’envoi ou d’effectuer un suivi manuel afin d’aider le musicien dans les passages forts et de relâcher un peu dans les parties plus douces. C’est d’ailleurs souvent dans des passages intimistes et très doux que le problème se pose !

Le traditionnel couple que forment la voix et la guitare acoustique représente sans doute le cas le plus fréquent pour matérialiser la naissance d’une chanson, nous sommes donc souvent confrontés à cette problématique et elle n’est pas aussi simple à traiter qu’on pourrait le croire. Lors d’un prochain rendez-vous, nous développerons la prise séparée de ces deux éléments. La tâche sera un peu moins ardue !