Maitrise de l’égalisation part 9 – la guitare électrique

La guitare électrique constitue à elle seule un cas particulier dans l’univers de la prise de son. Sa lointaine parenté avec l’instrument acoustique ne nous est pas ici d’un grand secours : si la qualité de lutherie reste déterminante, bien d’autres facteurs entrent désormais en ligne de compte puisqu’il s’agit d’enregistrer un signal amplifié !

A la prise

En mode réamping

Par précaution je prends désormais toujours le signal DI de la guitare brute. Je ne suis pas certain qu’il me serve mais à l’inverse, il peut me sauver la vie en cas de problème! Si vous optez pour cette solution de reconstruction du son, attention toutefois à ne pas trop vous éloigner de la nature de l’original ! Le guitariste aura joué en s’appuyant sur sa sonorité du moment; l’ampli, les réverbes ou le delai lui auront donné une enveloppe et des longueurs de notes avec lesquelles il aura interagit. Dans ce cas de figure, même si vous ne l’intégrez pas au mix, l’audio traité vous servira au minimum de référence.

La voie royale : Il s’agit de la prise de son de l’ampli. Evidemment, vous vous en doutiez… elle seule permet de capturer une énergie live authentique! Rien ne vaut une vraie prise de son acoustique d’ampli bien réalisée. Elle peut même abriter des secrets de fabrication et s’avérer unique car impossible à reproduire!

Vous serez d’accord avec moi : le son de Brian May est reconnaissable entre tous ! En fait, le guitariste de Queen utilise un procédé très original. Visionnez les vidéos dans lesquelles il apparaît et regardez les clichés des gros plans de sa guitare. Vous observerez tout d’abord que ce n’est pas le jack de Monsieur « Tout-le-monde » qui en sort mais… un connecteur assez imposant et large. Observez le deuxième plan, maintenant. Ce n’est pas un ou deux Vox AC-30 qui se chargent de l’amplifier mais plutôt 6 ou plus souvent, douze ! La raison en est simple. Les micros de sa guitare sont indépendants et câblés individuellement. Le son de chaque corde est envoyé à un ou deux amplis. Ainsi, il peut recourir à une distorsion musclée et garder un son « filé » et super propre puisque les notes considérablement enrichies en harmoniques n’interfèrent pas les unes par rapport aux autres ! Il est ainsi le seul à pouvoir plaquer des accords pleins très saturés avec un tel rendu… Malin, non ? Et surtout terriblement efficace !

Au mixage,

Les guitares très saturées ont tendance à se linéariser et, pour les percevoir plusieurs procédés peuvent être utilisés. Si les EQ se sont montrées discrètes durant la prise, elles doivent vous aider à cerner efficacement le spectre utile durant le mix. Nos guitares ont vite tendance à vouloir occuper tout le spectre et s’il y a un instrument pour lequel il est intéressant de le façonner, c’est bien celui-ci. Comme souvent en mix, il faut penser cohabitation. En dehors des apports de couleurs qui viendront renforcer une intention de départ, l’égalisation nous permettra de discipliner des fréquences qui concurrencent les autres parties de l’arrangement.

La tentation peut être grande de penser que tout a été fait, en matière de son de guitare. Il reste pourtant beaucoup à inventer mais l’essentiel, lorsqu’on veut valoriser cet instrument, est souvent de s’attacher à retranscrire l’énergie du jeu, celle qui a été « performée » par le guitariste !

Maitrise de l’égalisation Part 8 – la guitare

Pour bien comprendre la guitare acoustique, il faut rappeler l’architecture de l’instrument ainsi que ses « points clé » sonores.

L’erreur communément répandue consiste à l’enregistrer en positionnant un micro directement face de la rosace. Euh… comment dire? Iriez-vous écouter une enceinte bass-reflex en face de l’évent? C’est un peu la même chose et il faut se souvenir que l’instrument possède une table d’harmonie qui amplifie la vibration des cordes. Même si cette fois-ci elle est couplée à une une caisse de résonance, son rôle reste le même : sans elle, l’énergie directement transmise à l’air serait négligeable et le rendu dans le grave… quasi inexistant. Avez-vous déjà entendu une guitare électrique « solid body » (sans caisse), débranchée ? Afin de compenser ce phénomène, la caisse de résonance renvoie essentiellement du grave par l’intermédiaire de son ouverture : la rosace. Pas question donc, de se contenter d’un micro positionné face à elle car le résultat serait très “explosif” dans les basses fréquences, particulièrement si cette méthode de prise de son était associée à l’effet de proximité d’un grand diaphragme.

Nous allons préférer des positionnements plus nuancés

Les positions 1 et 3 nous éloignent du centre des cordes (12 ème case) où la fondamentale est la plus présente et l’énergie la plus importante. le son perdra un peu en intensité et se pincera légèrement.

Une bonne solution peut consister à utiliser un couple X/Y placé en face de cette fameuse 12 ème case.

Les traitements

La guitare folk  Les cordes métalliques incitent à rechercher la présence de l’instrument. Attention toutefois à l’envie irrésistible de rajouter de la brillance, ce qui s’accompagne inévitablement de bruits parasites, de sons de glissés de bruits de frets réhaussés, etc… Il faut préciser que « l’aigu noble » de la guitare n’est pas agressif, il doit rester doux. Un peu la différence entre une Martin D35 et une entrée de gamme, si vous voyez ce que je veux dire! Le souffle même du guitariste peut également s’avérer gênant ! Il m’arrive parfois de disposer une grille anti-pop au dessus de mes micros de guitare ! Si vous rencontrez le problème, seuls un bon nettoyage et une automation du grave de l’Eq vous tireront d’affaire ! Vous n’y arrivez pas ? Essayez de retrouver une autre prise sur l’instant délicat ou même un passage musical identique dans le titre… il arrive que ce soit la seule planche de salut !

Avec les guitares classiques, à cordes nylon, nous sommes, comme pour un piano, dans l’obligation absolue du respect du timbre. La tradition et la culture l’imposent et l’équilibre tonal est fragile. La frontière est mince entre un grave profond, limité à environ 90/100Hz sur cet instrument et un effet flou de tonneau rendu par un excès de 125/150 Hz ! Un cas spécial mérite notre attention : la guitare flamenca qui est très exigeante sur le spectre comme sur la dynamique du fait des très fortes transitoires générées par ce type de jeu. Si la compression existe elle doit être transparente et très douce et les percussions du jeu très présentes ! Elles sont souvent soulignées par un hall très naturel et chaud de 2,5 ou 3 secondes.

 

Préparation de pistes Part 10 – MIDI et mise en place

Portrait Tete from KR

Les problèmes liés au MIDI, tout d’abord…

Epoque de virtualisation oblige, imaginons qu’à ce stade, votre projet contienne encore des pistes de VSTi, Avant de mixer, je vous conseille de les convertir en audio. Elle seront homogènes avec les autres éléments à mixer, elles résisteront à votre changement de setup et pourront être lues ailleurs que sur votre installation. Mais avant cela, il faudra vérifier les derniers détails! Que les notes ne se chevauchent pas dans les lignes monophoniques et que les vélocités et autre contrôleurs soient bien réglés, par exemple! Utilisez la fonction freeze, si votre logiciel le permet, elle vous permettra de revenir facilement sur un paramètre MIDI oublié ! N’hésitez pas à tenir un petit fichier de notes et des copies d’écran sur votre projet. Le module utilisé, le nom du preset, les modifs apportées… Un peu fastidieux sur l’instant mais tellement utile en cas de retour en arrière

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La Mise en place Évoquons quelques défauts artistiques, maintenant : votre batteur n’est pas un « beat box », bien sûr ! Il faut tout de même se fixer des limites: Il est quasi impossible de bien mixer une rythmique qui n’est pas calée et un «basse batterie» garantit les bonnes fondations d’un morceau dans de nombreux genres musicaux. Un « slap » de basse «à côté» est pire que «pas de note du tout», soyez en certain! Repérez vous, bien sûr, à la grille de tempo si un métronome a été utilisé à la prise et, dans le cas contraire, identifiez un instrument étalon en la matière, de façon à rapprocher les «petits égarés» du groove de base ! La justesse de votre diagnostique est importante car si vous partez « à l’envers » en vous basant sur la mauvaise référence, c’est perdu d’avance! Le résultat sera catastrophique Quelquefois, de petits aménagements sur plusieurs pistes sont préférables à de grosses modifications « à la serpe ». Attention à vos crossfades, lorsque vous décalez un ou plusieurs éléments. Les clics que des jonctions rapides peuvent générer ne sont pas toujours audibles mais ils polluent sérieusement le résultat. Une seule solution, l’écoute soigneuse en solo sauf si, comme Samplitude, votre logiciel propose le « crossfade automatique »!

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A savoir: un musicien qui se décale… compense automatiquement. Résultat des courses: si un passage presse, il est très probable que le suivant soit « très au fond », voire pire! C’est notre fonctionnement, nous sommes faits comme ça!

 

 

L’acoustique du studio de Remi Hiblot à Laon

J’ai souhaité faire une petite pause dans mes articles pédagogiques afin de vous parler d’une réalisation acoustique que je viens de terminer pour le studio d’un ami, en Picardie!

Fin 2015, Rémi Hiblot, très bon batteur et musicien, me demandait de m’intéresser à l’acoustique du sous-sol de sa maison; il souhaitait en faire son studio. Un peu plus qu’une installation domestique!… Plutôt plus près du « project studio » pouvant accueillir des projets sérieux et ambitieux. Les deniers étaient comptés et l’endroit possédait une isolation acoustique assez faible et une configuration difficile.

1ère visite du lieu Brut en Novembre 2015 avec mesures et études modales à la clé!!

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Rémi avait suivi une formation de mixage chez moi et nous avions vraiment sympathisé. Il m’avait confié quelques masterings dans l’intervalle et je pouvais prolonger un peu les moments de transmission. Plusieurs de ses mixes présentaient des qualités évidentes mais aussi… quelques défauts récurrents. Il travaillait en nomade dans des lieux très différents aux acoustiques variables et peu maitrisées. Ce poste de design acoustique était donc primordial pour lui! Il a fallu commencer en isolant les ouvertures de plafond qui donnaient sur la rue, se battre contre une humidité récurrente et toutes sortes de douceurs!

Encore une fois, l’enveloppe budgétaire était plus que serrée, mais Rémi est un bon bricoleur et il est bien entouré! J’ai donc décidé d’effectuer les mesures, de faire l’étude, de lui livrer les plans et de le laisser travailler en le pilotant à distance. C’est la toute première fois que je ne contrôle pas un chantier acoustique en cours de réalisation. Bien sûr, je recevais de temps à autres quelques photos, une demande de précision sur un de mes plans…

Hier, 21 septembre, nous avions rendez-vous pour venir refaire les mesures du lieu acoustiquement bouclé et pour régler l’égalisation. Rémi a très bien travaillé! Son lieu respire la santé sonore. J’ai diffusé toute une série de signaux de calages, de plages sonores à travers mon système HD sur Audirvana et un DAC portable. Du coup, j’ai même complètement redécouvert les petites Genelec 1030 (que pour ma part, j’ai toujours préféré aux 1031 pourtant beaucoup plus répandues). Quelle récompense, lorsqu’une pièce qui présente de réelles difficultés de base, comme celle-ci, se transforme en un lieu d’écoute privilégié! Le sweet spot est très étendu et permet d’accueillir au moins trois auditeurs dans de bonnes conditions. La réverbération du lieu est mesurée et homogène et la dispersion est exemplaire!! ça, c’est top!

Panoramique à l’entrée de la caverne!

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Rémi se sert de la partie « entrante » de son lieu comme plateau de prise. L’alternance de pierre, de surfaces réfléchissantes, de diffuseurs et de gros bass traps, permet de créer de mini-volumes aux identités variables. La batterie du maitre les lieux sonne comme jamais. Prêt pour accueillir de beaux albums.

Cabine intégrée

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Voilà, je suis content pour mon ami, plutôt fier de ma réalisation et… après avoir terminé la réalisation d’une quatrième cabine en cours, (je vous en perlerai bientôt!), je pense à me fabriquer ma propre acoustique!! L’histoire des cordonniers qui sont toujours le plus mal chaussés, quoi!!

Préparation de pistes Part 7 – Niveaux et infra-grave

Portrait Tete from KR

Et voilà… la trêve estivale se termine doucement pour les uns et… plus brutalement pour les autres! En pleine écriture d’un dossier complet à venir sur le mixage, (à paraître dans KR Magazine dans les prochaines semaines), je prends quelques minutes pour vous proposer le 7ème volet sur notre préparation de pistes. Aujourd’hui, l’infra grave et la mise à niveau!

Couper le bas?

Cela reste vrai pour nombre de prises, tant acoustiques que synthétiques. Les très basses fréquences, en dessous de 25 ou 30 Hz sont inutiles et accaparent beaucoup d énergie en sollicitant les processeurs de dynamique. Il peut s avérer utile de garder un affichage spectral de votre mix bien en vue vous détecterez vite la moindre anomalie de niveau dans ce registre ! N’hésitez donc pas à appliquer des « passe haut » successifs qui seront beaucoup plus musicaux et transparents qu’un seul gros traitement, très intrusif. Le tout premier filtrage de ce type est souvent envisagé sur le micro lui-même

M149 HiPass

Sur les micros haut de gamme, les fréquences proposées sont multiples et il est possible d’éliminer les indésirables sans toucher au son lui même.

Mise à niveau

Impossible d’opérer de beaux suivis si vous êtes envahi de sautes de niveaux entre vos régions. Là encore, un composite rapide peut cacher des écarts importants. Veillez à l homogénéité d’un même instrument ou d’une voix avant de vous attaquer à son ajustement de niveau dans le mix, vous gagnerez un temps précieux!

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To be continued…

Bonne rentrée à tous et toutes!

 

Préparation des pistes Part 3 – La voix et ses plosives!

Portrait Tete from KR

Reprenons l’inventaire de nos petites altérations de pistes. Celles qui nous empêchent d’avoir un beau son clair, profond et transparent…

Intéressons-nous à la voix, tout d’abord: Les « pops » des plosives sont directement issus du flux d’air du vocaliste. Si ce flux est trop important et fait face au micro sans protection, celui ci va coller temporairement la pastille et occasionner une impulsion dans l’infra grave. Dans un statique, même un tant soit peu spécialisé dans la prise de voix, c’est sans appel. La sensibilité et le faible débattement du diaphragme jouent contre vous! Il faut donc impérativement s’en débarrasser!!

Avant toute chose, pour l’éviter s’il en est encore temps et que vous n’avez pas terminé vos prises: Evitez-donc de situer le/la vocaliste directement en face du capteur sans grille anti-pop de protection. Rappelez-vous, le responsable… c’est l’air qui parvient jusqu’au diaphragme. Il ne véhicule aucun son par lui même! Pas de pitié donc! La première solution qui vient à l’esprit: placer un filtre mécanique anti-pop entre le performeur et le micro.

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Pas cher, on le trouve partout… et je garde un souvenir ému de ceux que nous fabriquions avec des cintres métalliques sur lesquels nous tendions un bas… Eh oui, ils n’ont pas toujours existé, ces filtres tout faits! Si vous n’en n’avez pas sous la main et que l’aventure du bricolage vous tente, je vous invite à consulter ce petit tutoriel audiofanzine… Malin comme tout!

Si comme moi vous préférez ne pas en mettre, que vous souhaitez un son plus direct, vous pouvez opter pour un positionnement de micro original et très efficace:

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Le fait de remonter le capteur conserve la proximité, on profite un peu du grave qu’apporte la conduction osseuse tout en évitant le souffle direct. Oui mais voilà… la nature profonde du chanteur lui fait souvent lever la tête à la recherche du capteur qui valorise sa voix… Et hop, tout est à refaire! Une deuxième petite astuce consiste à placer un micro factice bien en face de lui; eh eh… Avec un peu de zèle, on peut même aller jusqu’à l’équiper d’une grille anti-pop pour rendre notre petit montage plus crédible!

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Regardez.. le seul vrai micro, le seul qui soit branché… C’est le Neumann du haut! Ce magnifique PL20 ne sert qu’à attirer le regard de l’Artiste, à le faire se concentrer sur le fait « de-ne-pas-envoyer-d’air » dans le mic principal! Pas mal, non? N’oubliez tout de même pas d’appliquer là aussi un coupe bas sur micro (le vrai… celui qui est branché, hein?) et le préampli. À vous de tester le seuil à partir duquel vous commencerez à « attaquer » la voix afin de rester un peu en deça des fondamentales de la star!

Le mal est fait? Vous êtes en train de mixer et les « p » explosent régulièrement dans le bas du spectre? Il faut prendre un moment pour le nettoyage de vos pistes. Il faut brièvement et drastiquement filtrer la piste à l aide d un coupe bas! N’hésitez pas à automatiser le réglage de la fréquence de coupure afin de pouvoir le relâcher lorsqu’il doit rester plus léger. Mais conservez tout de même une coupure constante… Comme dans bien des pistes, l’infra grave n’est ni nécessaire ni même souhaitable. Imaginez les compressions successives qui vont remonter ces niveaux bas, surcharger les processeurs audio… Bref, rien à gagner en dessous de 75Hz, sur une piste vocale!

Notre prochain rendez-vous nous permettra d’aborder les sifflantes et le traitement des respirations!

A très vite!

La préparation des pistes – Part 1

Portrait Tete from KR

Mixer, oui ! Mais une session « brouillon » va t elle pouvoir vous mener à un mix clair et expressif ? Quelles « opérations magiques » de préparation vont nous permettre d’assembler et d’harmoniser tous ces sons ? Nous avons reçu nombre de projets qui auraient dû être directement « mixables » ! Ils auraient dû l’être… oui… mais nous avons souvent dû les reprendre, piste par piste afin de les rendre utilisables ! Vous ne pouvez y couper… Il va falloir éditer, nettoyer et choisir, même! Avant même de vouloir faire sonner, il vous faut des pistes prêtes à être mixer!

Jusque là, nous avions nommé et agencé nos tracks. Elles étaient rassemblées de manière fonctionnelle et vous pensiez pouvoir vous faire une idée précise du morceau et le mixer directement. Aujourd hui, il faut bien le reconnaître, certaines gênes apparaissent à l’écoute. Examinons les choses en détail. La batterie n est pas très en place, la basse est un peu sale et peu définie, les fréquences se chevauchent, la grosse caisse ou le grave du piano « empêchent la basse de sonner et certains éléments donnent le sentiment de saturer rapidement. Les silences ne sont pas propres. Les plosives de la voix sortent de notre équilibre de manière tonitruante, les « s » n en finissent pas de siffler et menacent d accrocher la moindre velléité de reverb Bref, sans savoir l’expliquer véritablement vous percevez le malaise. Les ingrédients ne sont pas prêts à être mélangés, ils doivent être préparés.

Vous ne pouvez l’éviter; il faut reprendre vos pistes une par une et faire un inventaire précis des problèmes rencontrés. Profitez donc de cette écoute minutieuse pour prendre des repères de mix, la structure, les passages « encombrés » ou les manques. N hésitez pas à prendre des notes avant de vous habituer aux défauts du titre que vous allez entendre à de très nombreuses reprises. Rappelez vous : vous n êtes jamais plus proche de l écoute de l auditeur final (et c’est pour lui que vous mixez en priorité, non ?), que lors de votre première écoute ! Par définition, elle ne se reproduira pas ; il faut donc impérativement consigner vos impressions.

Si vous découvrez complètement le titre, sachez décoder l’arrangement. Lors d enregistrements novices, la peur de l’espace sonore, encore un peu vide à ce stade, conduit souvent le musicien à  « en rajouter » afin de meubler. Dans un deuxième temps, lorsque les pistes de complément arrivent, le manque de place se fait infailliblement sentir ! L ensemble étant encombré, il va falloir jouer de la censure en sacrifiant certains passages ou même certains instruments. Lue graphiquement, l occupation du spectre par les divers exécutants peut s avérer utile. Mais quand est ce que ce satané chant de basse à l octave va enfin s arrêter pour laisser la place à l arpège de guitare ?

Figure 1 Spectre - Instruments

Où l’on démontre qu’une simple formation guitare, basse, batterie et voix pose d’ores et déjà des problèmes de répartition du spectre. Ne parlons pas des claviers qui peuvent occuper tout ou partie du spectre… sans limite !

Parlons un peu des niveaux audio, de leur mesure!

T003 Mesures Niveaux Ecoutes Cliquez sur l’image pour lire la vidéo

Bonjour, Nous nous retrouvons aujourd’hui pour un tutoriel pédagogique P.R.I.M.O.R.D.I.A.L. Nos prochaines rencontres porteront sur le mixage, mais avant cela, quelques préalables théoriques et pratiques et nous allons tout d’abord revenir sur des notions fondamentales… Sans elles, mes explications seraient incompréhensibles.

L’une d’elles, la notion de niveaux par exemple, est incontournable. Les niveaux d’entrée et de sortie de vos machines, bien sûr, les niveaux micros, instruments ou ligne dont tout le monde vous parle… mais aussi le niveau d’écoute et de là… bien entendu, la manière dont on écoute, justement et donc, choisir et placer ses enceintes!!

Revenons donc tout d’abord sur les niveaux électriques que nous allons utiliser ! Parcourons-les, des plus faibles aux plus forts :

Tout d’abord, les niveaux micros, de l’ordre de quelques millivolts, ils doivent être pré amplifiés pour être utilisés. Ils sont très fragiles et une liaison symétrique est indispensable. Nous y reviendrons! Une petite astuce pour reconnaître ce type de connexion? Il faut 3 conducteurs pour véhiculer un signal symétrique et c’est souvent la prise XLR 3 qui est retenue dans ce cas là. Un jack stéréo ou une liaison « Bantam », de patch, peuvent aussi faire l’affaire.

Viennent ensuite les niveaux instruments, un peu plus forts. Ils sont assez proches des premiers et sont presque compatibles, une boite de direct ou DI est toutefois préférable afin d’adapter les deux types de signaux… De plus, les sorties instruments sont rarement symétriques ! Vous entendrez parler d’impédance, sachez simplement que si nous parlions plomberie, nous évoquerions la section des tuyaux qui sont raccordés. Pour éviter toute perte il est préférable que les diamètres entrant et sortant soient identiques !

Vient ensuite le niveau ligne qui, lui, est nettement plus fort. Il est utilisé en entrée et sorte de console ou de cartes sons ;  La norme hi-fi (consumer) est un peu plus faible, (-10dB) que la norme professionnelle à +4dB… Si vous branchez la sortie RCA de votre lecteur de CD sur l’entrée ligne de votre console de mixage… gros manque de puissance en vue ! Pour le coup, une entrée micro « avec pad» (atténuée) est préférable !

Enfin existent également les signaux amplifiés, sortis des étages de puissance des amplis et destinés aux haut parleurs – des dizaines ou même des centaines de volts dans les grosses installations.

Nous parlerons bientôt de la mesure de ces niveaux utiles. De la différence d’utilisation d’échelle entre l’analogique et le numérique. Des niveaux électriques qui se définissent en négatif, atténuation d’un signal maximum admissible, des pressions acoustiques qui elles, se mesurent en, db SPL (Sound Pressure Level) et qui sont une indication de puissance sonore.

Pour faire un lien avec ce qui va suivre, sachez qu’il est important d’adopter de bonnes habitudes en matière de niveau… d’écoute, cette fois ! A très faible niveau, on décèle bien les équilibres mais très mal les images sonores et les timbres… Pourquoi ne pas cumuler les avantages? Pour ma part, je calibre deux ou trois niveaux références de travail aux environs de 85 dB SPL, zone dans laquelle l’oreille entend à peu près d’une manière linéaire sans trop se fatiguer! Nous parlerons de cette référence comme le niveau nominal, (un bon rapport entre motivation et économie de mes tympans. Un autre repère, (il peut-être activés par la touche dim de la console ou de la section monitoring), viendra enlever 10 à 15 dB à ce niveau de base, un 3è, enfin 6db voire 10 dB plus fort, très épisodique, me permettra de travailler la fin d’un fade out, d’écouter le bruit de fond d’un passage ou d’évaluer brièvement le rendu « full power » d’un petit bout de mix.

Bien, très bien tout ça mais mixer, c’est avant tout bien écouter! Bien écouter… C’est bien entendre! Là-dessus, pas de concession! La référence ultime reste… vos oreilles! Est-ce que vous imagineriez faire des lumières à travers un écran noir et blanc fatigué?

Une enceinte labellisée “studio monitor” se doit d’être neutre, par opposition à une enceinte hifi que l’on veut agréable. Il faut l’accepter; l’enceinte de studio n’est pas destinée à vous faire des cadeaux en arrondissant vos erreurs! C’est même… exactement l’inverse, elle est là pour les révéler et vous inciter à les corriger. Le monitor n’est pas une enceinte “plaisir” et c’est là qu’elle se distingue d’une enceinte domestique!

Concernant le choix, L’époque des enceintes fausses et fantaisistes est pratiquement révolue… heureusement. Je vous épargnerai nos angoisses et les mixes refaits rapidement que nous devions à l’usage de moniteurs loufoques à la mode durant quelques mois lors de la sortie des near field monitors… fin des années 80. Aujourd’hui, je m’abstiendrai donc de vous prescrire tel ou tel modèle, ni même une marque plutôt qu’une autre. Nous avons tous nos préférences et elles peuvent être… très particulières.

Bruce Sweeden, l’un des plus grands ingénieurs, (Thriller, Quincy Jones et consorts) utilise depuis toujours une enceinte très décriée, la JBL 4311 qui n’est plus fabriquée depuis des lustres. Eh bien, croyez-moi ou non, il a racheté toutes les paires de ce modèle qu’il a pu trouver sur la côte ouest des USA, de peur d’en manquer… A l’époque il commençait ses interviews en priant le journaliste de ne pas l’importuner avec le sujet… On voit donc bien que le domaine reste subjectif et que c’est bien dans le goût personnel de l’ingénieur et sa bonne connaissance de l’écoute utilisée, qu’il faut chercher une forme de vérité. De la même manière, pensez à avoir avec vous, des morceaux dont vous connaissez très bien le rendu, l’image stéréo, le spectre. De cette manière, si vous devez faire du son ou de la musique dans un endroit qui ne vous est pas familier, vous saurez immédiatement si vous pouvez faire confiance, un peu, beaucoup ou… pas du tout à l’écoute qui vous est proposée… c’est même un très bon exercice de l’oreille.

Concernant vos enceintes de travail, ce qui est important, c’est qu’elles rentrent dans votre pièce, et dans votre budget et qu’elle conviennent à votre style musical. Leur image stéréo et leur profondeur doivent vous parler et le niveau auquel vous aller les écouter doit être cohérent avec leur conception.

Par dessus tout, il faut correctement les mettre en œuvre! Il faut que vous puissiez les croire, leur faire confiance… Elle représentent le filtre ultime entre la machine et vous.

Si vous les choisissez trop colorées, vous aurez tendance à “compenser” un petit excès de bas médium en “vidant” un peu votre mixage dans ce registre et… inversement. Il faudrait d’ailleurs raisonner de la même manière sur le traitement acoustique du local… c’est rarement le cas! Nous nous efforcerons donc de respecter certaines règles qui vont nous éviter les défauts et pièges les plus évidents.

Le Placement

Le Triangle équilatéral reste la formule magique! Vous êtes l’un des sommets de cette figure et les deux enceintes en sont les 2 autres. Comme votre cabine n’est pas une chambre sourde (heureusement), le son qu’elle émet va se réfléchir ou se disperser, dans l’axe, hors axe…

Quel est donc ce mystérieux switch « full » « half » « quarter » que l’on retrouve derrière nombre d’enceintes de proximité ?

Relativement simple : Lorsque l’enceinte est posée loin de toute surface… disons, suspendue au milieu d’une pièce, son énergie rayonne tout autour d’elle. Si vous la rapprochez significativement d’un mur, cette énergie « devrait » doubler (+6dB) puisque le rayonnement des ondes sonores ne se produit plus que dans la moitié de l’espace (direction disponible). Par conséquent, le niveau de pression sonore est doublé! … et si vous la mettez dans un coin (deux parois)… remettez m’en 6(dB !)  Un plafond ou un plancher en plus ? et nous voici à … +18dB

En fait, il faut arrondir un peu ces calculs et cette propagation n’est pas valable dans tout le spectre sonore. Il en résulte que le boomer est principalement affecté et c’est lui, que le constructeur vous propose de filtrer plus ou moins dans le grave. En pratique, le placement contre des parois influence la plage de fréquences inférieures à 125-150 Hz.

La deuxième notion à assimiler est la disparité de propagation dans le spectre. Les basses fréquences, du fait de leur grande longueur d’onde, seront affectées par les obstacles et surfaces de grande taille. Le son se propage à 340m/s et la longueur d’onde s’obtient en divisant cette vitesse par la fréquence du son émis, (exemple, un sinus pur de 34Hz possède une longueur d’onde de 10 mètres alors qu’à 3400Hz elle ne sera plus que de 10 cm de 2cm à 17 KHz). Ajoutez à cela l’aspect omnidirectionnel du grave et on comprend mieux pourquoi notre mur du fond a une influence beaucoup plus fondamentale dans ce registre. Lorsqu’ils sont réfléchis vers l’avant de manière anarchique, les graves viennent s’ajouter à des fréquences intermédiaires et c’est souvent entre 120 et 300 Hz qu’une zone de “flou pronnoncé » apparait.

L’oreille reste particulièrement sensible au medium et c’est dans cette partie du spectre qu’il faut s’efforcer de rester juste, un léger défaut ou excès dans les extrêmes se “rattrape” assez bien. Il faut alors s’efforcer d’écarter tout obstacle entre l’enceinte et vous. Attention à vos écrans d’ordinateurs…

Bien sûr, dans une installation semi-professionnelle, il n’est pas forcément facile d’éloigner ses enceintes de plus d’un mètre de toute surface. Reste alors à absorber les basses fréquences à l’arrière de l’enceinte… Vous avez peut être rencontré les termes de bass trap, de back wave. Il faut dissiper cette importante énergie en chaleur.

Les mousses compactes et fortement alvéolées restent le meilleur remède après le baffle passif, plus dense et accordé!

Quelques schémas de bass trap

Étendue de la zone utile > Le « Sweet spot ». Du fait du traitement acoustique, il est beaucoup plus étendu dans une cabine professionnelle que dans une installation domestique!

La taille de ce triangle est primordiale. En dessous d’un mètre, vous travaillez dans un casque géant et vous fatiguerez vite, à plus de 2 mètres, vous n’êtes plus dans le champ d’action de moniteurs de proximité! De plus, l’éloignement signifie perte de pression acoustique! (Elle décroît avec le carré de la distance) et mise en résonance de la pièce.Il vous faut alors une “grande” écoute et un traitement de cabine (encastrement, etc…) Attention, cette notion de distance conditionne le niveau d’écoute physiologique que vous pourrez supporter dans la durée!

Autour de ce triangle, il faut s’efforcer à la symétrie et éviter la présence d’un tapis d’un côté et d’une grande baie vitrée de l’autre ou même le cas d’un mur à 50 cm de l’enceinte droite et un vide abyssal de l’autre côté!! Attention aux préconisations d’utilisation de vos moniteurs! Sont-ils vraiment destinés à être posés horizontalement sur le bord de votre meuble? Si oui, les tweeters seront placés à de préférence à l’extérieur.

Enfin un support désolidarisé évitera l’effet de transmission solidienne et l’effet caisse de résonance si vous voulez du sub, ajoutez un caisson à vos enceintes. Bien contrôlé, très bien réglé, il apportera le confort d’un grave organique à votre écoute. Dissocié des enceintes, il vous affranchira peut être un peu des problèmes que nous évoquions en début d’article, puisqu’il peut, lui… être éloigné des parois à condition de bien caler les délais de compensation.