DBTH Volet 3 … Le studio d’enregistrement, lieu de transmission!

La qualité sonore (III): “L’Expertise” de nos futurs ingé son?

Dans un dossier consacré à la mutation vertigineuse des « métiers du son » face à la nouvelle donne du marché de la musique, Pierre Jacquot, après ses deux premiers articles  ICI et ICI revient pour un troisième article toujours consacré aux évolutions du son.

Tout d’abord, pardon pour cette interruption momentanée de l’image et du son… Je me suis fait quelque peu attendre ! Aujourd’hui, il me parait primordial de retracer sommairement l’itinéraire de ce que fût tout d’abord l’enregistrement sonore afin de mieux en situer l’enjeu actuel.

En quoi la disparition des grands studios affecte-t-elle la formation de nos futurs (grands) ingénieurs du son ? La notion même d’expertise reviendra-t-elle au premier rang des demandes des producteurs de musique ?

Au fil du temps

Parcourons rapidement l’historique de cette activité avant de rejoindre nos années CD. Evoquons très brièvement la période qui précède l’enregistrement multipiste. Bien que passionnante, elle relève de l’histoire pure et fût consacrée à inventer et affiner une technologie permettant la restitution domestique du son dans de bonnes conditions. Des balbutiements des pionniers du XIXe, elle court jusqu’à l’avènement du vinyle au début des années 50. Cette dernière étape s’avèrera majeure. Le microsillon permettra d’industrialiser la reproduction des enregistrements destinés aux ventes de masse qui en sont friandes. Il ne faut pas oublier que les années d’après-guerre furent, par définition créatives, récréatives, insouciantes et productives. Le disque et la musique représentaient le vecteur rêvé d’une jeunesse éprise d’évasion… Période bénie pour l’industrie de la musique et les studios d’enregistrement.

Quelques points de repère

Le public applaudira tout d’abord l’apparition de la stéréo et les professionnels, surtout celle du magnétophone multipiste dans la deuxième partie des années 60. Ce dernier changera définitivement la pratique du studio et ses méthodes, transformant la prestation simultanée de l’ensemble des exécutants en une multitude de phases dédiées à chacun d’entre eux. Une véritable révolution : le guitariste pourra désormais proposer plusieurs versions de son solo, le chanteur pourra « refaire » sa voix sans obliger l’orchestre entier à réinterpréter le titre ! Très vite les possibilités de montage et de compilation de plusieurs pistes viendront compléter cette panoplie aux possibilités devenues infinies ! Les Beatles englobent à eux seuls cette évolution puisqu’ils débutent leur discographie en deux pistes au début des années 60, passent par les 4, 8 et 16 pistes et poursuivront leurs carrières solo respectives en 24 pistes.

La chance de côtoyer les premiers ingénieurs du son modernes

Claude WAGNER fût assistant des fameuses « blouses blanches », les « preneurs de son » de l’époque ! Ils n’avaient pas encore inventé le « métier » à part entière et Claude fût l’un des tout premiers à intégrer une forte composante artistique à sa fonction! Ses pairs n’étaient que des techniciens purs et durs. Roger ROCHE ouDominique Poncet furent de grands ingénieurs et Rolland Guillotel débuta sa carrière en tant qu’apprenti de ces grands professionnels! J’ai moi-même eu Stéphane REICHART comme assistant aux studios Davout, il est aujourd’hui devenu un ingénieur majeur dans l’art de la prise de son d’orchestre !

virginieberger.com

Le métier se structure…

A cet instant, il faut bien reconnaitre que l’avance accumulée par les anglo-saxons dans notre corporation est avérée. Nos voisins d’outre manche ont inventé les métiers du son qui accompagnaient les genres musicaux qu’ils introduisaient ! Nous allons courir longtemps après ces rêves anglais et américains… détail amusant, le terme même d’ingénieur du son est impropre car il ne provient que d’une traduction phonétique de Sound Engineer, « technicien du son ».

Eddie Barclay aura l’idée lumineuse de recruter Gerhard Lehner, ingénieur du son allemand qui apportera de la rigueur et de la méthode au son français dans son studio ultra-moderne de l’avenue Hoche. Brel, Nougaro et Eddy Mitchell enregistreront sous sa houlette. Le célébrissime Quincy Jones élira même domicile durant de nombreux mois en tant qu’arrangeur maison dans ce temple de la création.

… Et disparaît

En évoquant l’histoire des lieux magiques qui ont vu l’art de l’enregistrement s’affiner et aboutir, nous devons également évoquer leur disparition. De fait, il en découle d’ailleurs directement une autre problématique : Les grands studios étaient avant tout des lieux de transmission du savoir… Les ingénieurs confirmés avaient presque tous été les assistants de leurs prédécesseurs et formaient systématiquement leurs successeurs, comme le dit très justement mon ami Patrice Lazareff dans un article visionnaire que je vous recommande chaudement « Formation ou Initiation? » écrit… en décembre 1998 !

Et l’avenir alors ?

Plusieurs hypothèses émergent à ce jour. Bien entendu, les grandes écoles se sont établies, structurées et proposent aujourd’hui un enseignement de qualité. Les possibilités de formations volontaires et payantes sont légions. En revanche, peu sont à même de proposer un temps de travaux pratiques suffisant à leurs élèves et il faut pourtant bien reconnaitre que si la théorie est bien enseignée, (sans doute mieux qu’elle ne le fût autrefois, d’ailleurs), il en va totalement autrement de la pratique elle-même ! Nombre de mes stagiaires ou assistants d’aujourd’hui se plaignent, au sortir de leurs grandes écoles reconnues, d’avoir peu pratiqué, de ne pas avoir passé suffisamment de temps derrière des consoles de mixage.

Lorsqu’ils l’ont fait, les expériences ont été ponctuelles et collectives, les privant des notions de relations de cause à effet ou de responsabilité individuelle des projets menés. Aujourd’hui, après deux ou trois années d’école, nos aspirants « ingé-son » se trouvent dans la quasi obligation de se faire embaucher dans des structures de production… C’est le serpent qui se mord la queue !  Autre cas de figure, il arrive également que le « passage de flambeau » soit filial, le parallèle avec l’aspect artisanal de notre métier prend alors tout son sens ! Ces savoir-faire sont complexes et doivent être enrichis d’expérience, on ne peut parier exclusivement que sur la simplification à outrance des outils. Le fait de savoir agencer le son peut-il remplacer un professionnel aguerri ? Le réalisateur-musicien peut il se substituer à l’ingénieur du son ? Certains genres musicaux s’accommoderont sans doute de ce déplacement du domaine d’expertise mais ce raisonnement ne peut en aucun cas être général. Comme beaucoup de mes confrères, j’ai été consulté à de nombreuses reprises, durant ces dernières années, afin de « sauver » des projets qui avaient « mal démarré » ou qui avaient été programmés dans des structures domestiques et qui ne « sonnaient pas » comme ils l’auraient dû.

Qu’on se le dise une fois pour toutes, rien ne remplace une bonne prise de son, aux micros et à l’acoustique choisis, avec une véritable direction artistique. Un système à deux vitesses découle donc du contexte et de la genèse des projets musicaux. L’exigence de production reste d’actualité.

A PROPOS DE L’AUTEUR

Pierre Jacquot est Ingénieur du son, mixeur et réalisateur depuis 35 ans, (disque/Tv/Live) aux cotés des plus grands. Superviseur son de la cérémonie d’ouverture de la FIFA 2010 ou mixeur durant de nombreuses années des NRJ Music Awards, Pierre est aussi formateur et quelquefois même… journaliste, puisque il tient également une rubrique pédagogique dans les colonnes de Keyboards Recording. Il exploite aujourd’hui un studio d’enregistrement à Versailles.

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Blog Virginie BERGER DBTH Part 2 – 2/04/2013

La qualité sonore (II): Le diktat du son transportable aura-t-il raison de nos émotions?

musicbrain

Dans un dossier consacré à la mutation vertigineuse des « métiers du son » face à la nouvelle donne du marché de la musique, Pierre Jacquot, après son premier article beaucoup partagé et commenté, revient pour un second toujours consacré aux évolutions du son.

Quelle ne fût pas ma surprise de constater le nombre, la vigueur et l’implication des réactions suscitées par le premier volet de mon article dans ce blog ? Mon désir était d’interpeler… objectif atteint, sans aucun doute tant les commentaires relevaient d’un ton passionné, enflammé, presque!

Légère entorse à ma feuille de route et avant d’en reprendre le fil en me transformant en historien d’un jour, je souhaite consacrer cette deuxième partie aux familles de pensées que j’ai rencontrées dans vos commentaires afin de proposer mon approche et ma synthèse à quelques uns.

Rendez-vous compte ! Les vues cumulées sur le blog de Virginie et sur les réseaux sociaux nous révèlent qu’au moins 14500 visiteurs sont passés par là. Sans doute plus, lorsque vous lirez ces lignes ! Le bouche à oreille a dû fonctionner à plein, bien que je ne sois pas certain que l’expression soit très adaptée au Net!

Pour certains, mes propos ont réveillé ou alimenté une certaine nostalgie : il n’y avait de vérité que dans le passé. Le fait de vendre des albums « au titre » se comparait au découpage d’un Van Gogh dont on aurait aimé chaque tournesol indépendamment ! Un de mes amis, me disait qu’il avait la sensation d’un Bocusequi commercialiserait du pâté pour chat ! D’autres, faisant preuve d’une sensibilité assez proche bien que plus modérée, ont relevé le recul patent de l’exigence de l’auditeur et rendent les grands acteurs de l’audio-informatique responsables d’avoir sciemment mis en scène un scénario dont l’argument marchand balayait tout sur son passage. Pour eux, c’est générationnel : on ne sait plus écouter, on ne prend plus le temps de le faire, la « zapomanie » est ambiante, le survol est une règle et le mal est fait !

pierre jacquot don't believe the hype

Certains de mes confrères semblaient au contraire, bien résignés à tirer le meilleur parti possible du peu de marge de manœuvre qui nous reste à nous, hommes de son, en prêchant les vertus des facultés d’adaptation ! Nous devons, d’après eux, nous transformer en d’habiles équilibristes… ce sera le sommet de notre art ! Je vous l’ai dit… les passionnés ne sont pas morts !

Des lecteurs plus jeunes, sans doute, s’émerveillaient devant la possibilité de pouvoir se procurer, (par des circuits très spécialisés, il est vrai), des copies prétendues identiques aux masters de studios. Mais, chers amis, ces « copies » sont toujours masterisées et leur dynamique effective est déjà bien entamée… Certaines « majors » auraient même gonflé artificiellement leurs masters pour leur faire afficher des normes qu’ils n’ont jamais eues et ce, sans aucun bénéfice qualitatif, bien entendu ! Tromperie ! On me faisait remarquer, à juste titre, que le label « remasterisé » avait été largement galvaudé ces dernières années !

J’ai souvent participé à ces débats contradictoires et certains me faisaient remarquer assez justement que les cassettes audio ou les mange-disques de notre jeunesse n’étaient pas particulièrement fidèles,« soniquement » parlant. C’est vrai, pourtant, s’ils le permettent, je leur objecterais que la hiérarchie des supports était limpide, à l’époque. Le statut des originaux et des copies était clairement établi. Le studio master était une bande ¼ ou ½ pouce en 38 ou 76 cm/s Dolby ou non, elle ne servait qu’à la gravure. Les bandes d’écoute que quelques privilégiés détenaient étaient des bandes ¼ pouce en 19 ou 38, (hifistes forcenés, ils les écoutaient religieusement sur des Revox hors de prix), ensuite seulement, venait le vinyle de qualité, (quelquefois accompagné d’un « souple » – qui n’avait de souple que le nom puisqu’il est très vite devenu une galette très lourde et… rigide – échantillon gravé destiné à une écoute témoin unique de la gravure !) et puis, si on ne pouvait faire autrement, enfin des copies cassettes dont tout le monde connaissait les défauts très perceptibles, (souffle, pleurage, distorsion, aigus tronqués par des duplications haute vitesse) ! Cerise sur le gâteau ; tous ces supports vieillissaient vite et facilement, quand ils ne nous restaient pas tout simplement dans les mains ! Je suis bien certain que les « plus-de-40-ans » gardent des souvenirs émus de rubans dévidés et froissés, outrageusement emmêlés dans la mécanique d’un lecteur de K7 « option-broyeur », leur signifiant la perte inéluctable du chorus de guitare ou du solo de trompette de leur morceau favori… chèrement acquis. Bizarrement, la vulnérabilité de ces supports mécaniques les rendait attachants car précieux et uniques. Le soin avec lequel une pointe de diamant se posait sur le début du sillon, les gestes précis et soigneux de l’auditeur lors de la manipulation, l’obligation de la mise en sous pochette… tout démontrait l’attachement que nous portions à nos disques. Nous étions dans le domaine de « l’horlogerie-affective » et nos gestes conféraient une certaine noblesse à notre discothèque.

pierre jacquot Don't believe the hype

Force est de reconnaitre que le CD d’abord, (prétendu inaltérable dans un premier temps !), nous a éloigné de cette manière de « gérer » nos supports musicaux. Que dire, alors, de la dématérialisation complète! Apple l’avait bien compris ! Le 30cm et le CD disparaissant, il fallait que l’affectif de l’objet se reporte sur le lecteur. Leurs iPod, iPhone puis iPad se devaient d’être beaux et de proposer l’effeuillage de leur « Cover-flow », pile de disques virtuels qui se rapproche au plus près des gestes préliminaires à nos écoutes passées !

Que dire enfin, de la convergence de la multiplication des « studios domestiques » et de l’explosion de l’internet, outil de promotion totalement accessible à qui veut bien s’en donner la peine ? Sinon qu’il a forcément un peu banalisé la création musicale. Il faut désormais trier avec acharnement parmi les propositions d’écoute qui nous sont faites ! Souvenir ému de mes vertes années durant lesquelles nous rongions notre frein dans l’attente du nouvel opus de nos artistes fétiches ! La sortie d’un disque était alors un évènement incontournable et l’information officieuse qui l’accompagnait, (les annonces officielles étaient rares et réservées aux initiés !), lui conférait un effet clanique quasi magique ! Nous étions « dans la boucle » car nous savions que « Untel » avait « sorti » son nouvel album. Nous l’avions entendu, chez un grand frère de copain…ou pas. Nous décidions d’y consacrer l’argent de poche du mois… ou pas. Les commentaires allaient bon train sur l’impression que nous en gardions. Les artistes s’étaient-ils montrés à la hauteur ou avaient-ils démérité ? Les albums successifs étaient ainsi comparés à leurs prédécesseurs, (qui du coup restaient bien vivants), et nous conservions une vision « carrière » de l’artiste ou du groupe ! Aujourd’hui, époque à cycles courts, nous ferions plutôt partie du « groupe Facebook des gens qui aiment untel », ou qui adhèrent à sa « page fan » ! Sans doute un peu moins romantique… non ?

pierre jacquot don't believe the hype

Nous nous sommes finalement rejoints, mes débateurs et moi, sur la nécessité qu’il y avait à éduquer nos futures générations, à leur transmettre le respect qui accompagne l’écoute d’un moment d’exception. C’est bien là que réside le noyau dur de la résistance ! Je suis heureux de constater que mes enfants et beaucoup de ceux de mes proches restent attentifs à la diversité, que leur curiosité reste en éveil ! J’aime à voir les fils et filles de grands musiciens avec qui j’ai souvent collaboré, devenir à leur tout des ténors de la musique actuelle. J’aime lorsque mes assistants de 20 ans me tirent par la manche jusqu’à un morceau ou un groupe que je n’aurais peut être pas remarqué tout seul et qui révèlent un album astucieux et économe que nous n’aurions pas renié… même avec les moyens pharaoniques de l’âge d’or des grands studios ! Sans nul doute, ces gens-là ont « reçu » une éducation, un héritage musical et leur inventivité s’appuie sur des bases solides et enracinées ! N’est-ce pas un véritable réconfort que de voir Prince « himself » remettre le Grammy de l’enregistrement de l’année à Gotye, l’un de ses plus grands fans, pour « Somebody that I used to know», production initiée dans son home studio (le garçon a une très solide culture du son !), soutenue par les moyens certainement comptés de sa production indépendante. Les 380 millions de vues Youtube en quelques semaines ont certainement fait la différence et tous s’accordent à dire que cet artiste s’inscrit dans l’héritage des grands tels que Sting ou Peter Gabriel! Bel exemple de passage de relai !

Bref, vaste débat mais il a lieu et j’en suis heureux !

Comme annoncé, je reprendrai, lors de mon troisième volet, le parcours « historique » de notre corporation mais je m’arrêterai également sur la « compression dynamique » désormais omniprésente dans la matière que nous entendons, sur l’art de la musique d’ambiance ou d’accompagnement, sur son partenariat avec les marques, certains y voient un rebond possible pour notre industrie ! Il y a quelques années, Patrice Lazareffavec écrit un article passionnant sur le studio professionnel, lieu de transmission du savoir. J’aimerais également le relayer et proposer cette thématique à votre réflexion… Il y a beaucoup à dire, n’hésitez surtout pas à vous manifester !

A très vite!

Si vous souhaitez nous encourager à la poursuite de ce débat au sein des colonnes de DBTH, n’hésitez pas à visiter la page Facebook de mon studio http://www.facebook.com/pierrejacquotstudio ou à entrer en contact avec moi via mon site www.pierrejacquot.com

A PROPOS DE L’AUTEUR

Pierre Jacquot est Ingénieur du son, mixeur et réalisateur depuis 35 ans, (disque/Tv/Live) aux cotés des plus grands. Superviseur son de la cérémonie d’ouverture de la FIFA 2010 ou mixeur durant de nombreuses années des NRJ Music Awards, Pierre est aussi formateur et quelquefois même… journaliste, puisque il tient également une rubrique pédagogique dans les colonnes de Keyboards Recording. Il exploite aujourd’hui un studio d’enregistrement à Versailles.

9 commentaires

  1. Interressante cette idée de “transfert d’affection” du disque a l’ipod.
    Ceci dit je me pose toujours la question de savoir si nous, ceux qui avont au moins deja rembobiné une k7 avec un crayon, apportons de l’importance a ce transfert d’affection parceque nous devenons a notre tour de vieux cons (je revois encore mon pere dire non de la tete de facon desesperée lorsque j’ecoutais mes premiers albums sur CD) ou si le debat à un reel enjeu.
    Y’a t il lieu de promouvoir une “resistance” pour reprendre tes mots, ou sommes nous simplement de nostalgiques reactionnaires incapables d’accepter le changement ?

    REPLY

  2. Oui… conflit des générations oblige, la question peut se poser et un brin de nostalgie s’est légitimement glissé dans mes propos. Mais je vois de jeunes gamins épris de vinyles alors que je ne le suis pas… Il arrive que des captations, enregistrements et mixages numériques d’aujourd’hui me bluffent. Si je “nous raconte” un peu à travers ces anecdotes un peu jaunies, c’est surtout pour analyser la ligne de partage des eaux entre les audiophiles passionnés et privilégiés et les habitudes d’écoute des masses qui se standardisent aujourd’hui! Si le combat n’était que passéiste, je pense que “Rejoice et consorts” seraient désaffectés, c’est tout l’inverse qui se produit!

    REPLY

  3. Je reviens sur une réflexion que Mr Pierre Jacquot fait en début d’article sur le fait que maintenant, les jeunes auditeurs s’attachent plus à un seul titre (effet zapping) qu’au format “album”.

    Mais j’ai envie de dire que pour la “masse” s’attacher à un seul titre a toujours été le mode … Beaucoup de gens achetaient le single, beaucoup moins l’album complet. Et puis les formats ont historiquement plus été “dictés” par les supports (durée de chaques faces d’un vynil, les fameuses 74 minutes du CD Philips, etc) que par les artistes eux-mêmes.

    Lorsqu’ils ont souhaité prendre des libertés artistiques de durées par rapport au support, ils ont du le faire évoluer (double-album, maxi 45 tours, CD 80 minutes). Et si le format album était éffectivement voué à disparaitre ? Qu’en serait-il ?

    N’est-il finallement pas plus intéressant pour tout le monde de sortir des EP ? L’album coûte cher et est long à produire, il doit être vendu en conséquence, les jeunes auditeurs trouvent peut-être ça cher à l’achat et trop long (à écouter) …

    Le format “single” (revenant en force avec le téléchargement iTunes) ne peut-il pas évoluer ? L’effet “zapping” ne provient-il pas de la “prévisibilité” d’une chanson écrite couplet-refrain ? Donc, par extension: et si les artistes exploraient de nouvelles façons d’écrire, plus à la manière rhapsodique dur des chansons uniques -certes- mais un peu plus longues que les 3’30″ “imposées” ?

    La pop a connu de beaux exemples de “mini-symphonies” dont le format inhabituel ne les a pour autant pas empêchées de devenir des tubes (Good Vibrations de BeachBoys, Eloise de Barry Ryan sont les premiers qui me viennent en tête, mais on peut en trouver plein d’autres).

    Enfin voilà, pour résumer, et si la forme des chansons évoluait en même temps que les formats et modes de distribution ?

    REPLY

  4. Alain Robillard

    Bonjour, je rejoint certaines parties de votre analyse, mais je tique sur “Nous nous sommes finalement rejoints, (…) sur la nécessité qu’il y avait à éduquer nos futures générations, à leur transmettre le respect qui accompagne l’écoute d’un moment d’exception”.
    Les nouvelles générations ont bon dos, au nom d’un âge d’or dont je doute qu’il ait jamais existé (l’époque où nous avions trois pauvres 33t dans notre discothèque ?), il faudrait les éduquer mais à quoi ? A être nous ? Le monde change et la peur du changement nous paralyse; la réponse n’est pas d’apprendre aux jeunes à refaire la même chose que les vieux, à aimer ce qu’ils ont aimé au nom d’une sacro-sainte mémoire (de quoi ? de l’art ? du fugitif ?), mais bien d’inventer de nouvelles formes, de nouveaux moyens, de nouveaux modes, d’envoyer en l’air nos certitudes pour apprendre de ceux qui nous suivront.

    REPLY

  5. Chers Amis,
    Ah les limites d’un article! Aussi long soit-il! Concernant la remarque de JMZ, je suis… partiellement d’accord avec vous et si le format de la jeunesse – par définition désargentée – a toujours été le titre, elle se prolongeait souvent, très souvent même, par l’album qui contenait à coup sûr plusieurs de ces titres que nous aimions tant. Nous étions tous capables de dire à quel “LP” appartenait quel “tube”! La notion d’album avait une consistance mais… dans ce à quoi vous faites allusion, je cite certaines réactions de mes lecteurs et ne fais que le constat d’une évolution! Je ne la critique pas par elle même! Par ailleurs, je vous rejoins sur le manque d’inventivité du support formaté à 3mn30… Ah… le souvenir ému de nos rock symphonies!
    Concernant le commentaire suivant, je vais vous répondre: je suis forcément d’accord avec vous! Les jeunes détiennent par définition, plus de légitimité que nous puisqu’ils nous suivent et inventent l’avenir – c’est la loi du genre! – mais… Il en va en musique comme dans beaucoup de domaines… Je crois à la valeur de l’instant. C’est ce vers quoi je tends en tant que père et éducateur. Si c’est autre chose qu’ils écoutent, tant mieux! S’ils l’écoutent autrement: bravo! S’ils dégustent d’autres plats et vont voir d’autres films: j’applaudis des deux mains! Lisez mon article dans sa tonalité globale; je ne suis pas passéiste du tout! Je me félicite même d’avoir la chance de côtoyer ces générations puisqu’elles appellent mon attention vers de véritables découvertes! Je souhaite simplement la profondeur et la jouissance du moment, l’exigence de ce qu’on leur donne “à manger” et l’apprentissage d’une écoute dédiée, attentive et tout à la fois critique, soignée et émotionnelle! Pas seulement avec des intra-auriculaires depuis un baladeur glissé rapidement dans une poche à l’occasion d’un trajet en métro. Vous n’êtes pas d’accord avec moi? L’instant de la découverte en musique ne vaut-il pas les quelques minutes que nous leur consacrons? C’est cette seule notion qui habite ma conviction profonde et… Pardon si je me suis mal exprimé!!!

Blog Virginie BERGER DBTH Part 1 – 24/02/2013

La qualité sonore (I): Le diktat du son transportable aura-t-il raison de nos émotions ?

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Moteur ! Le blog DBTH et Virginie Berger m’accueillent pour quelques mois dans leurs colonnes afin d’aborder un sujet qui m’interpelle : la mutation vertigineuse des « métiers du son » face à la nouvelle donne du marché de la musique.

A cheval sur plusieurs époques, – un « bon 35 ans » que je fréquente les consoles de France et de Navarre, j’ai donc été confronté au défilement accéléré du paysage, un peu à la manière d’un voyageur de TGV. S’agirait-il de la disparition des dinosaures ? Pas si sûr !

Je profite donc de ma quadruple casquette de réalisateur de disques, d’ingénieur du son, (live, TV et studio),  d’ingénieur de mastering, et enfin de formateur, pour entamer cette démarche volontaire, presque militante qui, loin de prétendre donner des leçons, souhaite apporter un éclairage « de l’intérieur », avec l’humble ambition de faire réfléchir à la fois les acteurs du monde de la musique et tout simplement les mélomanes… bref, ceux qui ressentent le profond bouleversement du rapport son/musique et de la qualité du son. Je sais qu’ils sont nombreux !

Soyons clairs, si cette qualité sonore s’amenuise encore et disparait, elle  engloutira avec elle toute une filière et nous emmènera tout droit vers une paupérisation du gout.

Le son est avant tout une sensation mise au service d’une émotion qu’est la musique. En changeant la restitution d’un son, on en modifie la substance, la matière, le ressenti et donc finalement les habitudes et les exigences de l’auditeur.

Le voyage que je vous propose comportera une première étape, logiquement donc, celle du ressenti, celle du goût ! Il me parait primordial d’aborder prioritairement la question sur le plan sensoriel. Tout comme en cuisine, de « grands-chefs du son » existent ! En visant la standardisation du goût, ces passionnés vont disparaitre, remplacés peu à peu par de simples techniciens, réduits au rôle d’interface « homme-machine », ils contribueront malgré eux à l’accélération de cet appauvrissement. Le diktat du son transportable et stockable à moindre frais aura-t-il raison de nos émotions ?

DBTH

 

La chaleur et la matière, la noblesse et l’imperfection des belles restitutions sonores trouvent pourtant encore de nombreux adeptes et je dirais même que la résistance s’organise ! Que dire des sites tels que Qobuz qui propose des téléchargements au format Master Studio en 24 bit? Malgré cette démarche à contre courant, il rencontre un succès grandissant ! Que penser des réunions deGuillaume HURET, les soirées « Rejoice durant lesquelles il diffuse une sélection de titres, « à fort supplément d’âme », selon ses propres termes, sur une installation Hifi très haut de gamme. Ces événements font salles combles et il doit louer des espaces sans cesse plus importants. Aurions-nous imaginé des soirées « diffusion », sold out, il y a 20 ans ? Sans oublier l’initiative de Neil Young, excédé par la compression ambiante, il cherche à promouvoir un format audio, « le Pono » , non destructif, plus exigeant encore que les normes d’encodage CD, emboitant le pas à d’autres formats qui préservent l’intégrité du son comme le FLAC, l’ALAC ou le WavPack ! Certains artistes cherchent même à rendre leur production plus organique en y ajoutant scratchs, craquements de vinyl et déformation de timbre de type vieux téléphone. Bref beaucoup résistent à l’aseptisation et souhaitent recréer des conditions d’écoute et de respect qui s’y associent

Après avoir raisonné « organique », je retracerai l’histoire de l’évolution des méthodes, des technologies et surtout des compétences de l’ingénieur du son. Une photographie technologique, en quelque sorte. Nous diviserons cette deuxième partie du parcours en trois périodes distinctes.

Don't believe the hype

 

Premier arrêt : les années « tout analogique ». Les principes et méthodes employés à l’époque si riches d’anecdotes en tout genre et l’abandon d’un aréopage de petits métiers d’hyper spécialistes qui enrichissaient indubitablement la variété des productions audio.

Viendront ensuite les années charnières : Le CD est apparu. Elles modifient en profondeur les habitudes du public, des professionnels et bouleversent surtout les contraintes du mastering ! Les guerres de religion font rage chez les usagers comme les professionnels ! Il nous faudra parler de l’exception latine qui nous fera adopter des multipistes numériques encore balbutiants alors que les anglo-saxons exploiteront l’âge d’or de l’analogique certes vieillissant mais fiable et performant !

Nous survolerons enfin notre panorama d’aujourd’hui, constitué de l’omniprésence de l’ordinateur accompagné de son inévitable interface « écran-clavier-souris » et de ce que cela apporte et enlève au processus de création. Nous parlerons de l’outil pédagogique dont nos professions se sont enfin dotées pour apporter un enseignement digne de ce nom. Et enfin, évoquerons l’avènement du home studio, et de la confrontation des « gens de son » aux formats d’écoute finale. Peut-on aujourd’hui confectionner un son compatible avec la diffusion sur le net et de véritables exigences audiophiles ?

Le troisième grand volet de cette saga envisagera les deux grandes hypothèses d’école pour demain :

Le premier scénario, pessimiste certes… pourrait voir l’avènement du règne définitif et incontesté du son « pasteurisé ». Du fait du contexte économique général et du secteur en particulier, le nivellement se fera bien entendu par le bas, accompagné de sa baisse des performances, (non ? Est-ce possible de l’abaisser encore ?) La passion des « forcenés du son » sera alors comparable aux images noir et blanc des pionniers de l’âge d’or de l’aviation… Les musiciens et les créateurs pourraient décider de se passer définitivement des professionnels du son, les plus habiles d’entre eux tentant de compenser une faiblesse technique par un apport de goût et de créativité, leurs installations visant à satisfaire aux seules exigences ergonomiques du musicien. Les rôles d’ingénieurs, de réalisateurs et de musiciens seraient alors concentrés dans les mêmes mains. Rappelez-vous, nous avons déjà un vécu cela, musicalement ! La disparition des grands groupes !! Les Beatles s’ils n’avaient pas rassemblés les – pourtant très forts – talents individuels de leurs membres, Sir George Martin inclus, auraient ils été capables de produire un « tube » par mois durant 5 ans ? Pas certain !

Hypothèse numéro 2 plus optimiste et probablement un peu utopique : Nous pourrions imaginer une prise de conscience massive et déterminée des acteurs qui devant l’appauvrissement manifeste, se mobilisent pour la sauvegarde des « saveurs » et réinventent outils et méthodes au service de la sensation.

DBTH

 

Bien entendu, aucun de ces deux cas d’école ne peut fidèlement refléter la réalité de demain et nous nous situerons probablement quelque part entre ces deux pôles extrêmes, à la fois dans le regret de la noblesse passée de nos professions et l’émerveillement devant la créativité et l’inventivité de certains qui auront su utiliser les contraintes du marché pour mieux rebondir !

J’en suis certain, la passion survivra et le petit groupe d’irréductibles que nous formons fera école. Je ne peux imaginer que la musique classique, le jazz et certaines productions pop puissent se satisfaire de méthodes de production ayant tout sacrifié à la déesse « Productivité »

Au cours de ce voyage, je souhaite interviewer des artistes, des producteurs, bref… des acteurs de ce marché. Je souhaite également vous faire réagir, vous faire part de liens, d’albums, de courants esthétiques qui ont traversés ces 35 dernières années afin de vous donner des points de repère. Nous constaterons ensemble que certains artistes font aujourd’hui merveille et révolutionnent la création en faisant mentir tous les raisonnements…

Bien entendu, je vous réserve la surprise de ma conclusion quand, bien sûr, vous serez tous très très nombreux à me suivre régulièrement au sein des colonnes de DBTH !

A PROPOS DE L’AUTEUR

Pierre Jacquot est Ingénieur du son, mixeur et réalisateur depuis 35 ans, (disque/Tv/Live) aux cotés des plus grands. Superviseur son de la cérémonie d’ouverture de la FIFA 2010 ou mixeur durant de nombreuses années des NRJ Music Awards, Pierre est aussi formateur et quelquefois même… journaliste, puisque il tient également une rubrique pédagogique dans les colonnes de Keyboards Recording. Il exploite aujourd’hui un studio d’enregistrement à Versailles.

17 commentaires

  1. laurent D

    J’attends la suite, ça devrait être intéressant :)

    Le problème de mon point de vue est surtout générationnel, le rapport à la musique ayant énormément évolué. J’ai 45 ans, et je me souviens que je devais économiser et aller chez un vrai disquaire pour trouver de la musique, qui en avait alors d’autant plus de valeur – comme objet (belle pochette, etc) et comme art (écoutes en boucle, je n’avais pas beaucoup de disques). La notion de valeur de la musique (qui renforce la perception de la qualité du travail fourni par l’artiste et l’équipe technique) me semble bien loin aujourd’hui du grand public, qui pirate ou paie 0.99€ pour un click et une écoute distraite avec les oreillettes plastiques dans le métro.

    Il y aura toujours des vrais amateurs, mais ils seront toujours en minorité par rapport aux consommateurs (qui regardent aussi des reality shows au lieu d’aller au ciné club, par exemple).

    Le vrai problème de la sauvegarde de la qualité sera une question de business model, pas de motivation qui elle ne manque pas, quoi qu’on en dise.

    Au passage, un sujet inquiétant mais que je crois connexe: la prolifération des tribute bands, ou la longévité presque malsaine de certains groupes dont les membres ont les cheveux blancs et ne tiennent presque plus debout. Est-ce que ça veut dire que l’abondance de l’offre empêche les jeunes pousses de percer, et que du coup le public se rabat sur les vieilles branches qui ont pu germer dans les années 70, 80…? ou est-ce juste une génération de nostalgiques qui ont les moyens de faire ressortir des retraités poursuivis par le fisc ?

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  2. quand tu veux pour discuter du sujet !
    Fred

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  3. Très bon article.
    Je signale un lien mort dans l’article pour ce qui est des soirées Rejoice : la bonne URL esthttp://www.rejoice4.com/fr/soirees/soiree-rejoice

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  4. sps 27

    Bel article, je me faisait la même constatation il y a peu . Quand on observe la nouvelle génération (que j’appelle génération zapping) on constate que, non seulement ils consomme la musique comme un vulgaire paquet de chips, mais qu’en plus rares sont ceux qui savent écouter un morceau en entier: ils zappent des bouts de morceaux comme ils regardent la télé. A quoi bon travailler sur une création artistique élaboré comme pouvaient le faire les Floyd (par exemple) avec des morceaux de 20minutes , quand des boulimiques du téléchargement les pirates pour n’en ecouter que 20 secondes ?

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  5. Victor Ego

    Bien sûr, nous vivons des temps de grands changements …
    Bien sûr plus rien ne sera jamais pareil, et là je réponds aussi à Laurent D.

    Je vais sur mes 40 ans et suis passé du vinyl, à la K7, au CD (que je hais), au mp3 puis à tous les formats numériques puisque je m’amuse un peu avec l’outil de production … Même si mon métier est l’image.

    Le home studio a changé l’approche de production et chamboulé sa chaîne. L’artiste s’assimile de plus en plus au producteur, ou bien trouve dans son entourage quelqu’un qui fera évoluer sa production à ses côtés. La finalisation studio se fait aujourd’hui à partir d’un produit bien plus fini qu’auparavant, mais c’est aussi cela qui est intéressant. Pas mieux, mais c’est une “nouvelle” approche qui n’est pas sans intérêt …

    “Nouvelle” car on est confronté à cela depuis les balbutiements de la musique électronique et plus particulièrement depuis la fin 70 / début 80 où la programmation et le développement des machines a changé nombre d’instrumentistes en “pré-producteurs”.

    Ce qui me dérange un peu dans le discours de Laurent D est la croyance que le public d’aujourd’hui est majoritairement séduit par le “jetable”. En effet, j’ai été plus d’une fois impressionné par la culture de très jeunes personnes qui ont eu accès grâce au net à bien des pans de l’histoire de la musique. Ce qui était plus difficile pour nous, puisqu’il fallait avoir accès aux supports physiques et donc les trouver, par d’autres, par discothèque (là où l’on empreinte des disques) ou par magasins (ce qui nécessitait certains moyens).

    D’autant plus qu’il n’est pas dit que l’écoute dans un casque plastique est moins bonne qu’à travers un mange disque ou à partir d’une cassette au défilement capricieux … De même que malheureusement le CD nous avait déjà plongé dans une froideur de son et une qualité toute relative.
    Je dis cela, car pour moi, l’écoute au casque, même au walkman, est une immersion jouissive dans la musique, une façon bien particulière et profonde de ressentir la musique. (Je remercie SONY pour cela, sans rire, le “baladeur” a changé ma vie. A l’inverse, je regrette qu’on ait choisi le standard Philips pour le CD qui est définitivement le support le plus mauvais que j’ai connu, tant en qualité de son que de fiabilité et de tenu dans le temps.)

    Bref.

    Je n’ai pas un discours très construit sur le coup …

    Mais si je vois bien aussi que la qualité de restitution et de production de la musique n’est pas à son apogée, je ne peux croire qu’elle sera abandonnée en route.
    Les mélomanes ne seront jamais ceux d’hier, mais ils ne disparaitront pas.
    Et le ressenti face à un excellent son sera toujours si percutant sur l’humain, qui ne peut à mon sens se passer de musique, qu’il ne saurait être oublié.

    Nous sommes à une étape d’adaptation, comme nous l’avons vécu pour l’image, le passage à la vidéo par exemple, aujourd’hui complètement désuet face à la qualité numérique qui rejoint doucement mais sûrement l’argentique.

    Personnellement, je garde bon espoir que les années à venir la technique rattrape l’analogique et que la qualité s’équilibre, voire s’améliore finalement …

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  6. Laurent D

    En réponse à Victor Ego, j’ai peut être été peu clair, mais je suis d’accord qu’il ne faut pas généraliser. Pour m’exprimer plus clairement, je dirais que la majorité du public aujourd’hui _a accès_ au jetable.

    Et je reste ambivalent sur cette explosion de l’offre par rapport aux capacités d’absorption de l’auditeur moyen :) “Trop de choix tue le choix”… ce qui donne lieu à des phénomènes de meute du style “un milliards de hits sur gangnam style sur youtube”. D’un autre côté il est merveilleux que les progrès techniques permettent au plus grand nombre de faire de la musique…
    Et pour raccrocher la discussion au sujet de l’article, c’est justement la qualité qui permet de faire le tri entre l’amateur (sans être péjoratif) et l’artiste qui lui va aller jusqu’au bout de la démarche de qualité… tout en réussissant à ne pas céder aux sirènes de la guerre du loudness :)

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  7. Tant qu’il y aura des gens pour lire ce que d’autres écrivent, tant qu’il y aura des oreilles pour entendre ceux que d’autres disent ou composent, il y aura de l’espoir de faire prendre conscience que vivre c’est faire évoluer sa conscience.
    Merci à vous Pierre Jacquot , par vos articles, d’œuvrer dans ce sens.
    Vivement la suite !

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    • Je vous rejoins, jean. L’important est la transmission, le passage de flambeau, l’éducation… Tant que certains partageront leurs convictions avec force, nous resterons en éveil, nous serons bousculés dans ce processus d’endormissement ambiant et c’est bien cela qui est important! Quant au commentaire de Krisskano, celui qui suit… Oui, bien sûr que Bach nous aurait fait rêver avec deux bouts de ficelles et un bout de scotch mais… je suis assez content d’avoir l’intégralité de son oeuvre enregistrée par des interprètes aussi habités qu’un Glenn Gould ou Philippe Herreweghe pour les oeuvres vocales dans des formats qui reflètent fidèlement le moment de ces interprétations… plutôt qu’en mp3 128 encodé à la va-vite!!

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  8. Krisskano

    Que dire suite à cet article et ces commentaires, mon avis peut être ? La technologie permet de réaliser de superbes œuvre audio en numerique du début jusqu’à la fin, du super matos analogique et numérique disponible, de bon musiciens mais hélas une conversion destructrice pour faire écouter l’œuvre car peu de gens possèdent du matériel hifi de bonne qualité. Alors oui on croule sous les œuvres merdiques, mais le son ne fait pas tout, la creativitė est essentielle, JS Bach avec la moitié de notre matériel nous aurait fait rêver. Alors la qualité audio…

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  9. N’est-ce pas le propre de la production audiovisuelle depuis qu’elle a débarqué dans nos maisons avec la TSF, puis la télé noir et blanc? C’est normal que la chaine de production soit de qualité très supérieure à la chaîne de reproduction.

    Est-ce que l’émotion c’est un bruissement d’aile de papillon en 5.1 qu’on entendrait sur une chaine ultra haute fidelité sur un SACD ou un accord de missipi blues saturé par l’enregistrement sur un rouleau de cire?

    L’émotion est-elle réservée à une élite qui prendrait le temps d’écouter la musique dans sa bibliothèque? La ménagère qui écoute la radio en faisant la vaisselle n’écouterait que de la “soupe”?

    On pourrait faire un parallèle avec l’art, ne peut on pas ressentir l’émotion d’un Rubens sur un livre en papier glaçé, faut-il absolument le voir “en vrai” distinguer les petites craquelures et détails?

    Les mass media ont réussi à faire arriver la culture partout, et même si ce fut dans un but mercantile, c’est une des innovations majeures du 20ème siècle, dénigrer ceci au profit d’un élitisme exacerbé n’est pas honnête.

    La Hi-Fi n’était d’ailleurs pas un moyen de recommencer à vendre du matériel de reproduction sonore lorsque tous les ménages étaient déjà équipés?

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    • Vous ne m’avez pas bien lu Maxime. Je ne parle pas de la disparition de l’émotion mais de son filtrage par l’altération de la perception…. Préféreriez-vous que nous orientions cela sous la forme du “seuil minimum en deça duquel l’émotion n’est vraiment plus perceptible?” Il est évident que l’on peut se faire une vague idée d’un Rubens sur papier glacé, (déjà réservé à une certaine élite, celui-là!), Prétendriez-vous pour autant qu’il n’y a pas de différence avec une visite au Louvre? Je comprends votre crainte de l’élitisme… je crois que je redoute encore plus le nivellement par le bas!

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  10. L’usage de la musique “nomade” a complètement bouleversé le rapport à la musique.

    Bien que l’on trouve comme dans d’autres domaines une tendance de fond pour un retour au “slow” (vinyles, disquaires, écouter la musique dans de bonnes conditions), comme dans les autres domaines (restauration, agriculture, photo, etc.) ça ne va toucher qu’une frange minoritaire (non négligeable certes).
    En gros alors que l’industrialisation avait permis la démocratisation des biens de consommations, aujourd’hui cette même industrialisation associée à des comportements de consommations privilégiant la quantité et la rapidité à la qualité et au plaisir est en train de créer un monde à deux vitesses: ceux qui ont le savoir, le temps et les moyens de bien vivre et apprécier, et les autres. La multiplication d’offre premium dans de nombreux domaines est une preuve de la résurrection des “premières classes” et de services / biens à deux vitesses. Bien sûr la segmentation n’est pas nouvelles mais j’ai le sentiment qu’il y a une amplification dans de nombreux domaines, y compris la musique (l’abonnement à Spotify vs l’édition vinyle luxueuse – les deux ne sont pas incompatibles, mais représentent des écoutes très différentes de la musique)

    Je suis peut être pessimiste mais je doute que l’on vienne au stream en qualité CD pour tout le monde, et même si c’était le cas ce n’est pas avec des casques “beats by dr dre” que les gens se rendront compte de la différence (un exemple typique de marketing moderne, ou comment faire un casque “flatteur” mais qui déforme totalement les intentions de la musique…).

    Dans tous les cas, je ne suis pas un anti-bricolage, je pense qu’un disque lo-fi est aussi une réponse à un marché de la musique difficile, dans lequel il est difficile pour les musiciens de se payer des studios en envisageant pouvoir le financer avec les ventes futures de disques, de musique etc.
    Le lo-fi peut même être un choix artistique valide , il y a plein de grands disques lo-fi (Sebadoh, les premiers Shoes – pas le groupe français, Guided by Voices etc.)

    A part ça s’il existe des grands producteurs / ingénieurs du son dont le métier se rapproche de l’art il existe aussi bon nombre de tâcherons incapable de comprendre les intentions d’un groupe.
    il n’est pas impossible qu’un groupe obtienne de meilleurs résultats en se débrouillant qu’en faisant appel à un ingé son. Pour peu que l’ingé-son essaie de coller “sa” vision, il va pas rendre justice à la vision du groupe.
    Mais un bon ingé son qui “comprend” un groupe va bien sûr apporter un travail inestimable sur un disque que le groupe ne parviendrait pas à obtenir.

    Dans tous les cas au delà de la qualité même de l’enregistrement (et du mastering, du mixage etc.) c’est aussi la question du contexte pour apprécier la musique.
    Un flux pour remplir le vide de l’existence ? ou une émotion pour remplir l’âme ?

    bon j’espère ne pas passer pour un gros snob, mais bon je suis assez “négatif” vis à vis de l’évolution du rôle de la musique dans notre société malgré le fait que je sois encore à peu près jeune (un peu moins de 30 ans, de la génération “cd”)

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    • Quel dommage que je n’ai vu votre post plus tôt! J’ai remis “ma copie” concernant le deuxième volet de mon article et vous verrez que j’approche certains des sujets que vous abordez. Votre raisonnement est juste et je partage plusieurs options que vous évoquez. J’aurais aimé nourrir mon propos de votre contribution, ce sera pour une prochaine fois, sans doute!
      A très bientôt et merci pour votre participation.
      Pierre JACQUOT