Préparation des pistes (5) Sifflantes – les outils

Portrait Tete from KR

Puisque nous parlons sifflantes, regardons de près quelques outils permettant de les traiter… avec élégance.

Une fois n’est pas coutume… je vais cette fois-ci donner la pôle position aux plug-in qui s’acquittent infiniment mieux de cette tâche que nos pauvres dé-sseurs « hard » d’autrefois. deesseurs vintage TR

Ces machines étaient assez sommaires bien qu’elles se soient beaucoup améliorées au fil du temps, la palette d’outils logiciels aujourd’hui est infiniment plus puissante et variée.

Si vous faites partie des « minutieux », des « consciencieux »… voire des « maniaques avérés », (je ne vous blâme pas… je fais partie de ceux-là!) alors… ma préférence va nettement au traitement manuel. Il reste sans équivalent. C’est un peu la comparaison que nous pourrions faire entre du « sur mesure » et du « prêt à porter »!

La famille Samplitude/Sequoia ou la suite Izotope RX vous proposent un nettoyage spectral. Dans l’histogramme qui figure ci-dessous, plus la couleur est claire plus l’intensité est importante. L’axe vertical des fréquences vous renseigne instantanément sur la localisation des « accidents fréquentiels » et les sifflantes, (mais aussi les glissements de cordes de guitares, les porteuses récurrentes), deviennent lisibles et accessibles aux traitements…Spectral Cleaning

Voici comment vos sifflantes vont apparaître dans la fenêtre principales de votre « Spectral Cleaning ». Là non plus, vous ne pouvez pas les manquer! Libre à vous de les atténuer, (en pourcentage), de les supprimer, (pas très naturel!) et d’aménager les zones de crossfades entre régions brutes et celles qui sont traitées. Avec un peu d’habitude, vous pouvez les sélectionner visuellement et les vérifier en audio… Si vous vous livrez à cet exercice avec soin, cette technique est irremplaçable car elle ne transforme pas le son, elle atténue des fréquences que vous déterminez dans la proportion que vous souhaitez… difficile de faire plus naturel et efficace! il faut prendre le temps de le faire… voilà tout!

Si vous ne souhaitez pas, (ou ne pouvez pas!), y consacrer autant de temps, vous pouvez construire votre déesseur à partir d’un compresseur qui permet l’insert d’un EQ en side-chain. Le meilleur exemple reste le C1-SC de waves.

1 Détection

Dans un premier temps, après avoir inséré le Waves C1-SC et avoir basculé « l’EQ mode » en split ou sidechain, (sans cela vous ne pourriez avoir accès au circuit d’écoute du circuit filtré de la section Monitor), vous allez balayer la plage de fréquence des 4 / 10KHz en ayant  pris soin de boucler l’audio sur une partie où les « S » se font durement sentir. A ce stade, vous devez localiser le point culminant des « indésirables » qui sont souvent centrées un peu au dessus de 6KHz. Bien sûr, dans les exemples qui sont joints, je suis favorisé par l’affichage spectral qui est propre à Samplitude… Les « S » apparaissent en « grisé » et je ne peux pas les louper! Le facteur « Q » de ce filtre reste accessible mais je vous conseille de rester dans des valeurs minimales sous peine de toucher beaucoup d’autres cibles que celles que vous vous êtes fixées.

2 En sidechain

Dans un deuxième temps vous rebasculerez le monitor sur Audio et pourrez atténuer le volume général sur la base de cette détection. Dans ce cas, je vous conseille une atténuation raisonnable sous peine d’entendre un pompage. L’avantage de ce mode est qu’il reste relativement naturel puisqu’il ne modifie que le niveau sans toucher au contenu fréquentiel.

3 en split

Vous pouvez également basculer en Split et corriger plus durement la seule plage concernée… attention, un traitement trop lourd transforme les « S » en « F » et « f’est vraiment pas fexfy »

Vous pouvez aussi employer un dé-esseur dédié qui « fera la job » fort honnêtement si vous n’en n’abusez pas! Le Waves ou le natif Samplitude ci-dessous sont de simples mais bons outils!

5 Deesseur natif

Reste mon petit préféré du moment: le module DS de Fabfilter. Tout y est: Histogramme avec surlignage des partie de waveformes traitées, encadrement des fréquences sélectionnées, visualisation des intensités, prédétection, Threshold, range et même sur-échantillonnage pour traiter plus finement les aigus… Difficile de le prendre en défaut, celui-là!

 

 

4 Fabfilter

La solution la plus fine réside souvent dans une succession de traitements différents et légers. Un déessing de 2 ou 3 dB suivi d’une automation des niveaux de sifflantes fonctionne discrètement et efficacement dans bien des cas.

Attention, attaquez vous toujours à une piste sans effet! Une piste réverbérée accroche et prolonge les « sibilances » en interdisant leur traitement ponctuel!!

un petit secret? il m’arrive même de ne dé-esser que mon envoi réverbe…. Eh oui!

 

 

Préparation des pistes Part 4 – sifflantes (principes et détection)

Portrait Tete from KR

Nous sommes toujours dans le domaine vocal et après avoir réglé les excès de Plosives, nous devons gérer ses « S » qui n’en finiSSent pas de Siffler dans noS oreilles!

Les sifflantes (sibillances en anglais), sont des défauts exclusifs des voix, (nous le verrons un peu plus tard, les dé-esseurs s’avèrent être des outils bien plus polyvalents qu il n y paraît). Le problème est induit par nombre de techniques actuelles de production, notamment celle du close-miking. Prendre le son en extrême proximité induit des effets de loupe, de grossissement de certains défauts. lorsque un artiste lyrique se tient à 80 cm ou 1m du micro, il n’est pas confronté à ce petit sifflement d’air! A 15 ou 20 cm de distance, sur une voix bien compressée issue d’un statique à large membrane, en revanche… Deux facteurs viennent s’ajouter à cela. Les micros que nous employons sont habituellement recherchés pour leur présence dans le registre aigu et ensuite, ce fameux placement horizontal traditionnel, faisant face à l’artiste, n’arrange pas les choses!

Habituellement ciblés un peu au-dessus de 6KHz, l’excès de « S » se traduit par une véritable dureté et surtout… une fâcheuse tendance à accrocher les réverbes. Les sifflantes constituent donc un problème récurrent et… lorsque vous produisez une voix, il faut obligatoirement vous y attaquer d’une manière ou d’une autre!

Bien entendu, la plus simple manière de régler le problème est de baisser ponctuellement le niveau des plages concernées. Il reste possible de le faire par automation en prenant soigneusement le temps de sélectionner chaque spot et d’y revenir le cas échéant jusqu’à complète satisfaction… Long et fastidieux mais… efficace puisque vous choisirez sur mesure l’enveloppe et l’ampleur de votre atténuation!

160619-Waveform

Grâce aux « Comparisonics Colors » que Sequoia/Samplitude affiche, il devient très facile de localiser des plages de fréquences particulières. Les sifflantes sont repérées à la « vitesse de la lumière »

Qu’est-ce qu’un dé-esseur? Quel est l’outil miracle qui va se charger de cette tâche rebutante à notre place? Dans un premier cas de figure, le dé-esseur est en fait un compresseur disposant d’un EQ en side-chain. Le réglage est spécialisé dans les registres qui nous intéressent. L’avantage du compresseur est qu’il va agir en proportion des intensités rencontrées… Un « S » long et fort sera traité de manière plus radicale qu’un passage plus léger ou moins long.

1er cas de figure: Le dé-esseur large bande.

160619-Deesseur large bande

L’EQ Sidechain du dé-esseur est généralement constituée d’un filtre passe-haut à 4KHz qui rend le compresseur insensible en dessous de cette fréquence. Lorsque le seuil est atteint, le compresseur agit sur la totalité du spectre. On parle d’un dé-esseur en mode side-chain ou absolute.  Bien sûr le ciblage des précis fréquences rencontrées reste possible.

La deuxième famille de déesseur ne traite que la bande détectée. Elle agit un peu comme une portion de compresseur multi-bandes.

160619-Deesseur multibandes

 

Dans ce cas de figure, on peut être un peu plus intrusif qu’en large bande. La limite réside dans le fait qu’un excès de ce traitement transforme les « S » en « F » et pose un affreux cheveu sur la langue de celui qui parle ou chante… Les plug-in de dé-essing proposent souvent les deux modes de traitement. Dans ce cas précis, on évoque alors les modes « split » ou « relative » ou encore « multi-bandes »

Lors de notre prochain rendez-vous, nous recenserons quelques outils réservés à cette tâche!

 

Préparation des pistes Part 3 – La voix et ses plosives!

Portrait Tete from KR

Reprenons l’inventaire de nos petites altérations de pistes. Celles qui nous empêchent d’avoir un beau son clair, profond et transparent…

Intéressons-nous à la voix, tout d’abord: Les « pops » des plosives sont directement issus du flux d’air du vocaliste. Si ce flux est trop important et fait face au micro sans protection, celui ci va coller temporairement la pastille et occasionner une impulsion dans l’infra grave. Dans un statique, même un tant soit peu spécialisé dans la prise de voix, c’est sans appel. La sensibilité et le faible débattement du diaphragme jouent contre vous! Il faut donc impérativement s’en débarrasser!!

Avant toute chose, pour l’éviter s’il en est encore temps et que vous n’avez pas terminé vos prises: Evitez-donc de situer le/la vocaliste directement en face du capteur sans grille anti-pop de protection. Rappelez-vous, le responsable… c’est l’air qui parvient jusqu’au diaphragme. Il ne véhicule aucun son par lui même! Pas de pitié donc! La première solution qui vient à l’esprit: placer un filtre mécanique anti-pop entre le performeur et le micro.

160609-Voix antipop1

Pas cher, on le trouve partout… et je garde un souvenir ému de ceux que nous fabriquions avec des cintres métalliques sur lesquels nous tendions un bas… Eh oui, ils n’ont pas toujours existé, ces filtres tout faits! Si vous n’en n’avez pas sous la main et que l’aventure du bricolage vous tente, je vous invite à consulter ce petit tutoriel audiofanzine… Malin comme tout!

Si comme moi vous préférez ne pas en mettre, que vous souhaitez un son plus direct, vous pouvez opter pour un positionnement de micro original et très efficace:

160609-Voix antipop2  160609-Voix antipop4

Le fait de remonter le capteur conserve la proximité, on profite un peu du grave qu’apporte la conduction osseuse tout en évitant le souffle direct. Oui mais voilà… la nature profonde du chanteur lui fait souvent lever la tête à la recherche du capteur qui valorise sa voix… Et hop, tout est à refaire! Une deuxième petite astuce consiste à placer un micro factice bien en face de lui; eh eh… Avec un peu de zèle, on peut même aller jusqu’à l’équiper d’une grille anti-pop pour rendre notre petit montage plus crédible!

160609-Voix antipop3

Regardez.. le seul vrai micro, le seul qui soit branché… C’est le Neumann du haut! Ce magnifique PL20 ne sert qu’à attirer le regard de l’Artiste, à le faire se concentrer sur le fait « de-ne-pas-envoyer-d’air » dans le mic principal! Pas mal, non? N’oubliez tout de même pas d’appliquer là aussi un coupe bas sur micro (le vrai… celui qui est branché, hein?) et le préampli. À vous de tester le seuil à partir duquel vous commencerez à « attaquer » la voix afin de rester un peu en deça des fondamentales de la star!

Le mal est fait? Vous êtes en train de mixer et les « p » explosent régulièrement dans le bas du spectre? Il faut prendre un moment pour le nettoyage de vos pistes. Il faut brièvement et drastiquement filtrer la piste à l aide d un coupe bas! N’hésitez pas à automatiser le réglage de la fréquence de coupure afin de pouvoir le relâcher lorsqu’il doit rester plus léger. Mais conservez tout de même une coupure constante… Comme dans bien des pistes, l’infra grave n’est ni nécessaire ni même souhaitable. Imaginez les compressions successives qui vont remonter ces niveaux bas, surcharger les processeurs audio… Bref, rien à gagner en dessous de 75Hz, sur une piste vocale!

Notre prochain rendez-vous nous permettra d’aborder les sifflantes et le traitement des respirations!

A très vite!

La préparation des pistes part 2

Portrait Tete from KRLes altérations sonores… et leurs remèdes

Distorsions, saturations souffle et clics sont dans un bateau…

Examinons les défauts purement techniques par ordre de pénibilité (la pénibilité des sons ? Si, si… je vous assure !)… Pôle position : la distorsion… La vraie! Contre elle, difficile de se battre ! Une saturation analogique progressive peut être recyclée. La distorsion numérique franche est laide et rédhibitoire.

Dans certains cas, l’outil de « declipping » d’un Sequoia ou d’une suite de restauration logicielle peut vous sauver la mise. Il interprétera une suite de samples à 0 dB (le seuil de déclenchement et le nombre de samples nécessaires à son action sont souvent réglables) de façon à les remodeler légèrement et créer une micro dynamique qui l’éloignera de la désagréable sensation qui accompagne une suite d’échantillons « au taquet ».

Si certaines altérations sont évidentes, d’autres sont subtiles. Évaluer la très légère ou très brève distorsion d’un son peut s’avérer laborieux. Multipliez les approches d’écoute, de niveau, mono/stéréo/casques. Souvent, curieusement, elle s’appréciera mieux à bas volume. Lorsqu’aucun traitement n’en vient à bout, il arrive que l’on doive remplacer la crête incriminée par un moment identique du morceau. On peut même envisager de saturer légèrement une basse sur sa longueur pour qu’un instant de franche saturation soit mieux perçu.

Dynamique de lecture

Autrefois lié à la dynamique réduite de nos bandes, le souffle « d’addition » est désormais évitable. S’il vous arrive d’en récupérer, le « déhisseur » reste simple d’usage. Sensible au spectre et à la dynamique, bien ajusté, il viendra facilement à bout du problème. Nous reviendrons sur l’utilisation de tels outils lors d’un prochain article ou de vidéos. Nous en profiterons pour aborder également le débruitage et le déparasitage des sons.

Les clicks, quant à eux, sont générés de deux manières : les défauts d’horloge (assez rares car vite repérés puisqu’ ils sont récurrents) ou des jonctions de régions mal gérées. Une compilation de voix faite à la va vite et sans aménagement de crossfades en produit des wagons ! Je le sais… je le vis en permanence en recevant des sessions rapides, effectuées sur des softs qui ne gèrent pas « l’auto-crossfade » et qui nous demandent, à mon assistant et à moi, une inspection minutieuse de toutes les pistes une à une. De votre côté, si vous avez encore accès aux régions séparées, l’idéal reste de revisiter ces assemblages et de les retravailler. Dans le cas contraire, tentez le déclickeur. Les versions récentes de ces outils sont paramétrables, discrètes et efficaces et peuvent vous tirer d’affaire…

To be continued…