Préparation de pistes Part 9 – La diaphonie et les ensembles

Reprenons notre interminable liste de petits problèmes à solutionner… avant de mixer, bien sûr! Aujourd’hui, voyons la diaphonie acoustique ou « repisse » (moche comme nom, vous ne trouvez pas ?) Il s agit de la quantité de son qui arrive au micro sans lui être destinée ! Un enregistrement de batterie est, par définition, envahi de «repisse» et il faut faire le son d’un élément en tenant compte d’autres capteurs qui reçoivent une quantité non négligeable de cet élément ! Un enregistrement classique est un gigantesque empilage de micros qui « repissent » les uns dans les autres. Faute de pouvoir l’éviter, il faut s’assurer de compatibilité et de la relative mise en phase des capteurs afin qu’ils ne se « contredisent pas » . Nous reviendrons plus longuement sur cette notion qui ne peut se survoler en quelques lignes mais grossièrement, deux facteurs sont à prendre en compte. La distance qui sépare deux micros captant la même source, (cela se traduit en « temps »)  et l’affaiblissement de la source parasite qui lui aussi, est conditionné par la distance mais aussi par la directivité, la nature ou la sensibilité des capteurs eux-mêmes!

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Dans cet exemple de « miking » d’une Batterie, il est facile de comprendre que le son du tom basse va « arriver » à des instants divers et variés aux différents capteurs. Si le micro de HH, (en T5) est le plus éloigné – et donc également le plus « retardé » -, il recevra également le son le plus atténué. La diaphonie sera négligeable, dans ce cas!

decalage-mics-grosse-caisseLes deux micros de grosse caisse (In et Out), vont ainsi capter la matière à deux moments différents. Dans ce cas, soit on décide de faire un son de la somme de ces deux signaux et il faut « faire avec » leurs décalages de phase, soit on les spécialise un peu chacun d’entre eux dans le spectre afin d’éviter les juxtaposition hasardeuses, soit encore… 

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On les recale: on les remet en phase… A essayer, en tout cas! Vous observerez qu’en jouant sur le paramètre temps de l’une des pistes, vous obtenez toutes sortes de couleurs sonores. 

Pour finir avec ce cas compliqué que constitue la batterie, au mixage, seul le suivi et le découpage de certaines pistes sont réellement efficaces. Travail de fourmi! Je garde un souvenir ému des toms que nous traitions avec noise gates et expanders dans les années 80, (surtout avec les outils de l’époque!) Le remède était pire que le mal! Il faut en fait s’efforcer de faire le son des éléments d’une batterie, tous capteurs ouverts… Faire en sorte que les micros servent « d’ambiances » les uns aux autres pour ensuite effectuer ce fameux et indispensable suivi!

L’autre réel moyen de parer à ce genre de difficultés à la prise est d’utiliser des capteurs d’ensemble tels que des couples ou arbres et se fixer une limite de niveaux possibles pour les éventuels appoints, (20 ou 15 dB en dessous du couple principal représentent en général une bonne moyenne). Dans le cas d’une batterie jazz, par exemple, je m’efforcerai de la capter avec un couple ORTF et un micro de grosse caisse! Le couple aura le mérite de situer parfaitement l’instrument dans le champs stéréo et les appoints ainsi contrôlés ne déstabiliseront pas l’image.

Bien sûr, si on parle d’un orchestre, un ensemble de paravents, l’isolation dans des cabines séparées minimiseront ce phénomène L’arme absolue ? L’enregistrement individuel : difficile de demander à un batteur de jouer ses éléments l’uns après les autres et… encore plus difficile à appliquer dans le cas d un orchestre symphonique !

Dans les ensembles également, moins il y a de micros, mieux ça sonne!

L’acoustique du studio de Remi Hiblot à Laon

J’ai souhaité faire une petite pause dans mes articles pédagogiques afin de vous parler d’une réalisation acoustique que je viens de terminer pour le studio d’un ami, en Picardie!

Fin 2015, Rémi Hiblot, très bon batteur et musicien, me demandait de m’intéresser à l’acoustique du sous-sol de sa maison; il souhaitait en faire son studio. Un peu plus qu’une installation domestique!… Plutôt plus près du « project studio » pouvant accueillir des projets sérieux et ambitieux. Les deniers étaient comptés et l’endroit possédait une isolation acoustique assez faible et une configuration difficile.

1ère visite du lieu Brut en Novembre 2015 avec mesures et études modales à la clé!!

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Rémi avait suivi une formation de mixage chez moi et nous avions vraiment sympathisé. Il m’avait confié quelques masterings dans l’intervalle et je pouvais prolonger un peu les moments de transmission. Plusieurs de ses mixes présentaient des qualités évidentes mais aussi… quelques défauts récurrents. Il travaillait en nomade dans des lieux très différents aux acoustiques variables et peu maitrisées. Ce poste de design acoustique était donc primordial pour lui! Il a fallu commencer en isolant les ouvertures de plafond qui donnaient sur la rue, se battre contre une humidité récurrente et toutes sortes de douceurs!

Encore une fois, l’enveloppe budgétaire était plus que serrée, mais Rémi est un bon bricoleur et il est bien entouré! J’ai donc décidé d’effectuer les mesures, de faire l’étude, de lui livrer les plans et de le laisser travailler en le pilotant à distance. C’est la toute première fois que je ne contrôle pas un chantier acoustique en cours de réalisation. Bien sûr, je recevais de temps à autres quelques photos, une demande de précision sur un de mes plans…

Hier, 21 septembre, nous avions rendez-vous pour venir refaire les mesures du lieu acoustiquement bouclé et pour régler l’égalisation. Rémi a très bien travaillé! Son lieu respire la santé sonore. J’ai diffusé toute une série de signaux de calages, de plages sonores à travers mon système HD sur Audirvana et un DAC portable. Du coup, j’ai même complètement redécouvert les petites Genelec 1030 (que pour ma part, j’ai toujours préféré aux 1031 pourtant beaucoup plus répandues). Quelle récompense, lorsqu’une pièce qui présente de réelles difficultés de base, comme celle-ci, se transforme en un lieu d’écoute privilégié! Le sweet spot est très étendu et permet d’accueillir au moins trois auditeurs dans de bonnes conditions. La réverbération du lieu est mesurée et homogène et la dispersion est exemplaire!! ça, c’est top!

Panoramique à l’entrée de la caverne!

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Rémi se sert de la partie « entrante » de son lieu comme plateau de prise. L’alternance de pierre, de surfaces réfléchissantes, de diffuseurs et de gros bass traps, permet de créer de mini-volumes aux identités variables. La batterie du maitre les lieux sonne comme jamais. Prêt pour accueillir de beaux albums.

Cabine intégrée

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Voilà, je suis content pour mon ami, plutôt fier de ma réalisation et… après avoir terminé la réalisation d’une quatrième cabine en cours, (je vous en perlerai bientôt!), je pense à me fabriquer ma propre acoustique!! L’histoire des cordonniers qui sont toujours le plus mal chaussés, quoi!!

Préparation de pistes Part 8 – fichiers dégradés

On ne choisit pas toujours les fichiers que l’on traite et, avant qu’ils n’arrivent chez vous, ces « audio files » ont quelquefois un parcours chaotique et « secret ». Et la traçabilité de l’audio, alors?

Fichiers dégradés

Même s ils ont été reconvertis dans votre format de session, il arrive que des sons issus de MP3 ou ayant été maladroitement « strechés » ou « pitchés » se nichent au milieu des sources plus nobles. Ils sont repérables lorsqu’on en analyse l’empreinte spectrale. Souvent coupé dans l’extrême aigu, le son ne « sonne » pas naturel. Pas grand chose à faire, si ce n est d’en connaître l’existence et la position dans le mix. Faute de pouvoir le remplacer par un original, il faut essayer de l’intégrer dans un contexte qui complète son spectre ou le traiter résolument Lo Fi afin d’en accentuer l’effet Le mal par le mal, en fait !

L’ajout de matière à travers du gros analogique peut quelquefois vous aider. Attention… pas question de prétendre redonner au son sa qualité première mais il m’arrive, par exemple, de créer des « multi-bandes » analogiques avec 3 voies de mon Euphonix ou de la grosse SSL d’Oméga/Abbey Road. Je fabrique un crossover avec les passe-bandes et mes EQ, je vais même parfois jusqu’à utiliser quelques outils dynamiques et… je bénéficie de la sommation de ces grosses consoles… et de quelques uns de mes outboards favoris! Assez bluffant sur certaines sources, même s’il faut passer du temps à ajuster les paramètres pour ne pas trop transformer l’identité sonore de départ! Encore une fois, il s’agit d’une astuce pour redonner un peu de vie à un signal trop compressé dynamiquement ou abîmé par des manipulations et conversions successives… pas d’une restauration!

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