Mastering VIII Le workflow Part 1

Portrait Tete from KR

Nous voici donc arrivés au terme de ce parcours initiatique en studio de mastering… Bien sûr,
il y aurait encore beaucoup à dire et le véritable mastering s’aborde avec humilité… Il s’agit d’un art complexe qui demande beaucoup d’expérience!  Disons que, modestement, nous avons envisagé cette spécialité dans ses grands principes : exigences acoustiques du lieu, équipements, approche et méthode. C’est donc logiquement sur la toute dernière étape du processus de traitement que nous allons nous pencher aujourd’hui.

Reprenons donc notre workflow là où nous l’avions laissé lors de mon dernier article. Après avoir nettoyé, traité, valorisé et embelli notre signal, c’est à présent une véritable mise au standard dont il s’agit puisqu’il faut le faire correspondre aux normes en vigueur. Nous devons pouvoir le comparer à d’autres productions tout en étant « raccord » avec les niveaux, largeurs et couleurs du moment. Parallèlement, c’est une évidence, les morceaux de l’album doivent également être homogènes entre eux et même si nous savons qu’ils peuvent aujourd’hui s’acheter et s’écouter de manière isolée, la notion d’album subsiste. Le fil rouge qui relie les différents titres entre eux doit rester bien perceptible afin de préserver l’immersion dans un même « film musical ». Un album reste un livre dont les différentes plages sont les chapitres. Notons d’ailleurs qu’il est préférable de simuler le mastering d’un album physique, même dans le cas d’une distribution purement électronique. D’abord parce que le travail sera ainsi facilement transposable sur un éventuel support à venir et ensuite parce que cela renforce le lien naturel entre les titres et nous évite donc de trop morceler l’album en titres individuels.
Phase 4 : mise au standard

Mastering VIII Phase 4

Cette quatrième grande famille d’opérations débutera par le décodage M/S de notre signal afin de rétablir le fichier stéréo et ses propriétés. En effet, s’il était intéressant de disposer jusque-là des canaux « somme » et « différence » proposés par le codage M/S, les manipulations qui vont suivre s’appliquent plus facilement au traditionnel format stéréo des fichiers.
Dans un premier temps, focalisons-nous sur le tout premier de ces repères de standard et l’un des plus importants : le niveau. Nous disposons d’une certaine marge dynamique qui, certes, a beaucoup diminué avec le temps, et si au plus fort de la guerre des niveaux (Loudness War), il y a quelques années, elle était tellement réduite qu’elle finissait par poser de sérieux problèmes de musicalité, le diktat du niveau RMS s’est enfin un peu relâché. Oh, ce n’est pas encore le rêve et certains continuent à penser « louder is better » (plus c’est fort, mieux c’est !), mais grâce à la norme EBU-R128, édictée en 2012 pour le broadcast, les acteurs de l’industrie sont revenus à un peu plus de discernement. C’est une bonne chose car, si quelques genres musicaux se prêtent assez bien à l’exercice, d’autres y « laissent des plumes » ! Aujourd’hui, de manière sensée, certains albums sont même proposés dans deux versions, l’une dite commerciale reste dominée par des considérations de niveaux, l’autre respire plus et se destine aux véritables audiophiles. Toujours est-il que, quelle que soit la marge réelle que l’on se donne, la gestion des niveaux d’un album reste primordiale. Prenons l’exemple de chansons : l’écoute globale doit proposer un niveau de lecture de voix cohérent au fil des différents morceaux. Bien sûr, vous pouvez varier sensiblement le volume d’un titre à l’autre mais, dans notre exemple, la voix représente le repère, l’élément de liaison d’un titre à l’autre. Seules les variations plausibles, comme celle d’une ballade guitare-voix par rapport à un morceau « up tempo » très orchestré, peuvent être comprises ! Aujourd’hui, le postulat de base est que, sauf contrainte extérieure, l’auditeur ne réajustera pas le volume de son lecteur lors de sa séance d’écoute. Que ce soit à l’intérieur même de l’album que vous êtes en train de travailler ou, a fortiori, dans un moment de zapping musical, il souhaitera trouver une moyenne cohérente tout en admettant, bien entendu, qu’une partita de violoncelle de Bach ou un solo de piano jazz puissent être moins forts que le dernier album de David Guetta ! En marge de ce raisonnement de pure inflation des niveaux, il faut également constater l’évolution des usages en matière de musique. Nous ne l’écoutons plus du tout dans les mêmes conditions que par le passé.
Nous évoquerons donc prochainement la portabilité de nos titres vers des lieux et des conditions d’écoute très variées…
A très vite

Mastering VII La méthode et l’approche – Phase 3

Portrait Tete from KR Parlons enfin de la correction artistique du processus!

Mastering VII Phase 3

Bien sûr, il s’agit là du moment le plus valorisant du processus, de l’étape « noble » qui vous permet de véritablement mettre le mixage en valeur en soulignant ou en estompant une couleur, en dynamisant un contenu en travaillant son homogénéité… Bref, de l’expression de votre pur talent d’ingénieur de mastering !

Étape n°1 : la balance tonale : l’EQ.

C’est en principe à ce stade que l’on fait intervenir les correcteurs à forte valeur ajoutée. Le module analogique ou le plug-in qui l’émule va venir enrichir la personnalité spectrale du mix. Nous sommes ici dans une logique de texture des sons et après avoir beaucoup « enlevé », ici et là (l’EQ d’embellissement suppose que vous ayez soigneusement neutralisé les fréquences indésirables et supprimé les registres parasites lors de l’étape précédente !), nous allons désormais travailler en ajoutant souvent de la matière.

Les pentes serrées de « notch » de nos premières corrections vont laisser la place à des ajustements de plages (tiers, demi-octave ou plus). Ils vont être utilisés pour modifier ou renforcer la couleur d’un instrument et le « placer » dans le mixage. N’oubliez pas de bien contrôler les sibilances avec un de-esseur afin qu’elles ne deviennent pas trop agressives lors des étapes qui vont suivre ! D’une manière plus générale, ce type d’EQ est indissociable de l’étage dynamique d’un traitement. Eh oui !
Votre correction peut s’avérer parfaitement efficace sur le couplet de la chanson et devenir un peu criarde ou manquer d’assise dans un refrain plus riche et plus fort !
Voilà pourquoi un compresseur multi-bande est presque toujours utilisé en mastering. Après avoir égalisé, de-essé, traité les transcients ou ajouté de la réverbération (attention, toujours à doses homéopathiques, à ce stade), il est important de réguler
et « tenir » les registres avec notre multi-bande.

Cet outil demande de l’expérience et je ne tarderai pas à poster un article spécifique sur cet outil afin de vous permettre dee mieux l’appréhender !

Rappelons-nous de quelques points de repère fondamentaux dans le domaine spectral.

Registres et appellations
Vous avez obligatoirement remarqué que le vocabulaire associé aux registres est imagé ! Vous entendez parler de brillance, de présence, de chaleur ou même de corps. Le timbre d’un instrument est complexe et il n’est pas figé. Le « corps » d’une guitare acoustique ne se situera pas tout à fait au même endroit du spectre que celui d’une grosse caisse, si vous voyez ce que je veux dire… Cependant il décrit la même fonction (en l’occurrence, l’assise grave du son) et il reste transposable et compréhensible quel que soit l’instrument envisagé. Nos prochains rendez-vous clôtureront cette initiation au mastering en évoquant les dernières étapes de ce travail délicat : la mise au standard stéréo, le niveau (vaste débat !), l’editing, le dithering et la livraison des supports physiques et électroniques. Nous évoquerons également le mastering par stems… très à la mode, aujourd’hui !

Registres

Mastering Volet VII La méthode et l’approche – Phase 2

Portrait Tete from KRAbordons la deuxième phase de notre processus de mastering. Nous parlons alors du conditionnement!

Mastering VII Phase 2
Après avoir nettoyé, il faut désormais contrôler l’image stéréo et le centrage de l’audio. Une basse ou une grosse caisse légèrement excentrée aura été signalée au stade de l’écoute technique préalable.
Si un « imager » stéréo peut s’acquitter d’un simple recentrage, un outil multi-bande peut également s’avérer utile afin de spécialiser les corrections en fonction du spectre. Du fait des risques d’opposition de phase et de perte d’impact, le grave d’un mix doit rarement être élargi. La fonction de « mono maker » ou la possibilité de réglage d’un seuil de fréquence doit donc être privilégiée.
Cette opération demande le plus grand soin car la qualité et l’ampleur de votre image stéréo conditionneront votre futur encodage M/S et le bénéfice que vous pourrez en tirer.

Une fois ce paramètre parfaitement maîtrisé, il faut vous intéresser au spectre audible qui doit être déterminé et cerné. Le grave doit être strictement limité à sa plage utile… Mais, pourquoi ?
Un signal de 10 Hz trop riche sera processé dans la masse et se verra remonté. Non seulement il pourra mettre en danger la chaîne d’écoute en provoquant des oscillations de très basse fréquence dans les haut-parleurs, mais par ailleurs cet infra-grave, gourmand en énergie, saturera inutilement vos étages de traitements! Le filtrage de l’extrême grave peut varier entre 20 et 40 Hz, suivant les genres musicaux.

Pendant que nous en sommes au nettoyage spectral, n’oublions pas les fréquences indésirables. Il ne s’agit pas ici de faire « de l’artistique » en valorisant telle ou telle plage mais bien de neutraliser une résonance grave, une harmonique de caisse claire un peu proéminente, une porteuse récurrente… bref, il s’agit du repérage et du traitement de tous les éléments parasites du timbre. Nous sommes ici dans le domaine de la correction par soustraction. Une fois repérée, il est
primordial de bien évaluer la largeur de la plage considérée. Une petite astuce ? Pour ma part je « sweep » (je balaie) le registre concerné avec un gain légèrement positif et un Q « serré » afin d’estimer le point et le segment à corriger. J’ajuste ensuite ma pente afin d’intervenir au bon endroit. Je ne le dirai jamais assez : n’oubliez pas de switcher on et off plusieurs fois avant de valider une EQ. Ainsi, vous serez certain de ne pas sur ou sous corriger un problème !
Bien connaître la correspondance entre les notes et les fréquences vous facilitera également la vie ! Sachant qu’un morceau est en Sol vous vous orienterez naturellement sur les multiples des fréquences concernées (un peu moins de 50, 100 ou 200 Hz, en l’occurrence !). Si le pianiste est à côté de vous et qu’il trouve que tous ses Sib graves « ronflent » un peu, vous vous dirigerez automatiquement vers 60 ou 125 Hz.

Bob Katz (encore lui !) utilise d’ailleurs un clavier et un tableau de correspondance des notes. Il localise très rapidement les problèmes à
l’oreille ou à l’aide d’un petit clavier qui ne le quitte pas. Arrive ensuite l’éventuel encodage M/S. S’il n’est pas indispensable, il est clair qu’il présente de nombreux avantages. Il autorise le dosage précis de largeur et impacts et permet par exemple de démixer et valoriser des solistes en les intégrant ou en les faisant ressortir, tout en contrôlant un peu le niveau d’une réverbération ou d’une ambiance de salle. Cette technique offre une très grande stabilité de l’image stéréo.

 

Je vous propose d’aborder le volet artistique de la phase 3 lors de notre prochain rendez-vous. A très vite!