Mastering 6 – Les outils 1ère partie

Bien entendu c’est surtout sous l’angle des outils numériques que nous allons aborder les techniques de mastering. Première raison, elle paraît évidente : peu d’entre vous disposent des budgets nécessaires à l’acquisition des machines analogiques « de course » dédiées au mastering. Par ailleurs, l’extrême souplesse du « tout numérique » n’est plus à démontrer et de nombreux plug-in simples et efficaces, peut être une bonne partie de ceux que vous utilisez déjà d’ailleurs, restent utilisables et tout à fait abordables !

In the box

Les récentes avancées des logiciels et modules d’émulation analogique sont spectaculaires. Aujourd’hui certains plugs se rapprochent franchement de leurs équivalents électroniques, avec quelques atouts majeurs à la clef ! Commençons par le rappel instantané des réglages et presets dés l’ouverture de votre projet. Cet aspect est devenu tellement important, que nombre de machines analogiques de nouvelle génération comme le C-Buss, (ou numériques déportées, tel le System 6000), s’ingénient désormais à fabriquer des plug-ins de commande qui peuvent s’insérer dans votre Daw favorite afin de pouvoir intégrer leurs réglages à votre session. D’autres sont tellement sûres de leur fait, comme l’Eosis Air EQ, qu’elles dédient une interface hard motorisée à leur plug-in !

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Pour terminer ce plaidoyer en faveur du « tout intégré », l’absolue fiabilité du système, l’absence de câblage, de patch ou même de toute préoccupation de vieillissement, (et donc de maintenance), des différents modules, constituent un autre argument de poids. Il reste tout de même encore un léger écart entre hard et soft qui justifie parfois l’usage des « grosses machines qui chauffent »… Nous ne pouvons pas ignorer les ténors analogiques ! Je dois le reconnaitre, je fais partie des irréductibles et je m’efforce donc de prendre le meilleur des deux mondes ; il est rare que je me passe de la matière ajoutée par mon Massive Passive, mon Avalon 2055, mon Neve 33609, mon filtre Pultec ou mes quelques autres « boites magiques »! C’est dans ce domaine des textures, lorsque le son est un peu épuisé, vide, qu’il manque de matière que leur apport fait la différence! Un EQ, un compresseur, un ajout d’harmoniques ou même une sommation analogique seront seuls à pouvoir redonner vie à certains mixages en « bout de course »!

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Inventaire

Faut-il opter pour une plateforme Mac ou PC ? Si la question s’est longtemps posée, elle est aujourd’hui dépassée. Si mon choix logiciel (Sequoia/Samplitude) d’il y a 15 ans m’a fait migrer du mode Mac pour aller vers le PC, (phénomène rarissime et passible de haute trahison, à l’époque !), je reste convaincu que de merveilleux outils existent sur les deux plateformes. En revanche, il reste primordial que votre choix soit adapté aux exigences particulières du mastering ! Un exemple ? Là où un ordinateur de mixage peut rester assez basique, la station dédiée au mastering devra proposer une qualité de conversion de tout premier ordre. L’horloge qui asservit l’ensemble du système doit donc être choisie et mise en œuvre avec le plus grand soin. Que ce soit au stade A/D, (acquisition d’un support analogique), ou D/A pour les besoins de l’écoute, aucun compromis de conversion ne peut être toléré. Certains ingénieurs de mastering utilisent même quelquefois plusieurs possibilités de conversion en parallèle afin de choisir la plus satisfaisante d’entre elles dans chaque contexte ! Autre point crucial, es options de mesures et de références visuelles doivent être présentes, bien choisies et exemptes de tout soupçon !

S’il y a quelques années encore, des systèmes stéréo s’avéraient suffisants pour cette étape, ce n’est clairement plus le cas aujourd’hui ! Le mastering par stems, les comparaisons entre versions, rendent l’option multipiste indispensable. La cohabitation des standards de fichiers, (résolution, quantification, conversion à la volée) sont également obligatoires. On imagine mal les pertes de temps occasionnées par le besoin soudain de conversion d’un fichier mp3 d’exemple que vous fournirait votre client, (et nous verrons bientôt à quel point cela est souhaitable !) L’ergonomie de votre soft, enfin doit être adaptée avec un affichage de « waveformes » paramétrable et flexible, permettre des « modes solo » qui vous permettent de comparer, d’isoler et de contrôler à volonté. Heureusement, les mesures instantanées et pondérées se généralisent sur les versions récentes de presque tous les softs ; il faut savoir qu’elles n’atteignent pas la précision et la rigueur de certains add-ons qui en on fait une spécialité comme « Pinguin », « Izotope », « Flux » ou les suites « tout intégré » de Magix

Fig Mesure

To be continued…

Initiation au mastering Volet 5

EnTete Mastering 5

 

 

Quel type d’enceinte pour quel usage ?

Qu’est-ce qu’une écoute de studio et pourquoi ne pas utiliser mes chères enceintes habituelles… celles qui sont branchées sur ma chaîne depuis une éternité, pour lesquelles j’avais déjà « cassé ma tirelire » et que je connais par cœur ? Une enceinte estampillée “studio monitor” vise à être neutre, par opposition à une enceinte hifi que l’on veut agréable. Il faut accepter ce postulat de base; le monitor de studio n’est pas destiné à vous faire des cadeaux en arrondissant vos erreurs! C’est même… exactement l’inverse, il est là pour les révéler et vous inciter à les corriger. Il est tout sauf une enceinte “plaisir” et c’est là qu’il se distingue fondamentalement d’une enceinte domestique! De son côté, l’écoute de mastering est encore plus exigeante puisqu’elle doit vous rapprocher de systèmes « grand public » tout en ayant les qualités analytiques d’un monitor professionnel. C’est une des raisons qui font que le choix des régies de studio est parfois un peu différent de celui des cabines entièrement dédiées au mastering

 

La « portabilité » du résultat, (sa compatibilité avec le plus grand nombre possible de systèmes d’écoute), est essentielle puisqu’il s’agit de l’un des objectifs principaux de l’opération à mener. Challenge ultime : nous allons donc essayer de produire un résultat qui puisse s’écouter à la fois sur une chaine audiophile super haut de gamme, sur un ghetto blaster et sa « superbe » fonction « Extra-Mega-Super Bast Boost », (dont les graves ne ressembleront jamais à de vrais graves, que les choses soient claires !), sur un auto-radio nécessairement faussement flatteur aux deux extrêmités de la courbes, ou un casque intra-auriculaire de lecteur mp3 ! Ce mastering devra même, en cas de succès, se confronter aux divers traitements d’antenne appuyés, colorés et très hasardeux des stations FM d’aujourd’hui! Beau programme, non ? Mais… est-ce vraiment possible ?

 

En fait, nous allons nous appuyer sur deux principes distincts pour y parvenir. Le premier est de très bien centrer son égalisation dans le médium. N’oublions pas que c’est dans cette région que réside l’essentiel du message audio et, bonne surprise, c’est également ce registre qui est le moins « chahuté » par les moyens de diffusions fantaisistes ! En travaillant très bien des graves moyens, entre 80 et 130 Hz, le cerveau et son bagage psycho-acoustique auront tendance à recréer ce qui manque réellement « en dessous », lors de l’audition.

Si votre message change un peu de couleur au gré des moyens de diffusion choisis, (ça vous ne pouvez pas l’éviter !), au moins, restera-t-il audible, intelligible partout ! Attention, les sub-graves sous forme de sinus qui sont utilisés en drum ‘n’ bass ne seront jamais rendus par de petits haut-parleurs mais… à vous de savoir enrichir ce signal avec un peu plus d’harmoniques et de veiller à ce qu’il contienne une partie audible du spectre dans « les étages supérieurs » !  N’oubliez jamais que nos enceintes deviennent un peu plus poussives et fantaisistes en dessous de ce registre de grave moyen. Rappelez-vous, une longueur d’onde de 70Hz, pour faire un compte rond, se calcule en divisant la vitesse du son (340m/s), par la fréquence soit 340/70=5 mètres… Il en faut de la surface de membrane et de la puissance pour déplacer autant d’air ! Nous sommes donc, une fois encore, devant un facteur mécanique qui défavorise les enceintes de petite taille. Ces facteurs d’incertitude nous incitent donc à compléter l’oreille avec les outils de contrôle visuels FIG1 / FIG2

Choisir une marque et une référence de moniteurs de studio

Heureusement, l’époque des enceintes fausses et fantaisistes est révolue…. Je vous épargnerai nos angoisses et les mixes que nous avons dû refaire au pas de course « grâce » à des moniteurs à la mode durant les années 80, lors de l’avènement des « near field monitors »… Merci aux NS10 Yamaha qui, aussi perfectibles qu’elles soient, ont mis un peu d’ordre dans ce chaos ! Aucune enceinte n’est parfaite mais ce domaine a bénéficié de très sérieux progrès et la rigueur est désormais de mise! Nous avons tous nos préférences et elles peuvent être… très particulières.

 

Si je ne devais vous donner qu’un seul conseil : efforcez-vous de rester dans les grandes marques : Dynaudio (BM 5A, 6A, et 15A ou série Air processée), les Genelec, (1030,1031 S30 d’autrefois sont devenues des 8040, 8050,8250 aujourd’hui), Mackie : (les HR624 et HR824), KRK (séries V8 (VXT…) et au-delà), Adam (A7 ou série S), Focal, Quested et autres Neumann sont des valeurs sûres. J’en oublie sûrement, mais… je vous le dis clairement, je ne me jetterais pas sur les enceintes très bon marché qui se prétendent équivalentes à des modèles 4 fois plus chers ! Le prix est ici, ce n’est pas toujours le cas, est à peu près proportionnel à la fiabilité que l’on peut attendre du monitor concerné. Pour ma part, je préfère des modèles actifs qui m’assurent à priori du très bon couplage ampli-enceinte. En effet, on ne le dit jamais assez, l’appairage ampli-enceintes est primordial ! En revanche votre choix peut se porter sur des modèles deux ou trois voies et ce facteur ne doit pas trop vous influencer préalablement. L’arbitre absolu reste avant tout vos oreilles et les élues doivent être compatibles avec les genres musicaux que vous explorez. N’hésitez pas à écouter vos références musicales sur plusieurs modèles avant de signer le chèque. Vous pouvez également opter pour une écoute alternative supplémentaire. De plus petit gabarit elle vous permettra de focaliser de temps à autre sur le son que vont entendre la majorité des auditeurs et donnera plus de confort à vos clients présents qui auront un point de repère supplémentaire !

 

Bien que je n’en conseille pas l’usage régulier, évoquons le travail au casque. S’il occasionne une fatigue assez rapide du fait de l’absence d’air entre le message et vos oreilles, s’il ne favorise pas non plus la communication lorsqu’on travaille collectivement, il faut bien reconnaitre qu’il vous affranchit de toute incertitude ou même contrainte acoustiques ! Certains casques sont même des modèles de linéarité, d’autres, plus à la mode, travaillent au contraire, à fournir une courbe très bousculée mais… qui convient à des styles de musiques très identifiés. Dans tous les cas de figure, en dehors du vieillissement progressif des oreillettes et des transducteurs, (que vous pouvez retarder avec beaucoup de soin !), le rendu restera constant en tout lieux. Travailler au casque peut se comparer à observer un paysage « loupe en main ». Les défauts sont grossis, la diaphonie naturelle n’existe pas (Fig3) etil est donc nécessaire d’en tenir compte lors de l’écoute. Par ailleurs, l’oreille demande du temps avant de pouvoir accommoder lors du passage du casque aux enceintes et inversement ! Un peu comme lorsqu’on a fixé trop longtemps un détail, tout près de soi, dans la pénombre et que l’on regarde à nouveau, l’ensemble d’un panorama très ensoleillé… Quel musicien ou quel chanteur n’a pas éprouvé ce léger dépaysement, lors de son retour en cabine après un long moment au casque ?

Pour finir, évoquons l’égalisation d’écoute

En principe, elle n’est pas nécessaire en proximité, encore une fois, elle découle de la bonne mise en œuvre physique des moniteurs dont on suppose que vous les avez choisis équilibrés ! Il peut arriver, cependant, qu’elle vienne compléter le processus et corriger un léger défaut.  Dans ce cas, l’idée n’est pas de rechercher « la ligne bleue des Vosges »… Ce n’est pas une fin en soi que de gommer toutes les aspérités de la courbe. Bien sûr, les logiciels d’assistance à l’EQ existent. Je ne suis pas un grand fan de ce principe mais, soyons réalistes, ils peuvent vous aider à combler un petit manque d’expérience dans ce vaste domaine ! Le mois prochain, nous abordons ensemble le processus de mastering.